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Compréhension interculturelle

La frugalité s’impose, mais n’impose pas la décroissance

Le livre « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde » évoque les menaces actuelles qui mettent en péril notre existence, au premier rang desquelles la dégradation écologique et le réchauffement climatique. L’ouvrage met l’accent sur la nécessité que chacun s’efforce de contribuer à y remédier… Mais c’est moins une question de ralentissement du développement que de changement qualitatif des consommations.

Le réchauffement climatique, induit par les activités humaines, provoque des ouragans, des pluies torrentielles et des inondations de plus en plus fréquents… L’augmentation des températures… entraîne des canicules et des incendies… et la désertification d’une partie du globe. Des zones deviennent impropres à la vie humaine, à cause de chaleurs intenses… La fonte des glaciers et de la banquise a commencé. Elle entraîne une montée du niveau de la mer, allant jusqu’à la submersion de bien des pays. Le permafrost, terres gelées des zones arctiques, pourrait, en cas de dégel, relâcher d’énormes quantités de méthane, gaz qui contribue fortement à l’effet de serre. Déjà avec un réchauffement à + 1,5 ° C, la moitié de l’humanité (4 milliards d’individus) sera en péril vital (risque de mourir de chaud, de soif ou de faim). Or, selon la courbe actuelle, l’augmentation de la température prévisible serait de 5,5 ° C ! » (page 82).

Mais que peut faire chacun d’entre nous ? « Nos façons de se loger, s’alimenter et se déplacer, représentent plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre ». On peut espérer une nette amélioration si nous changeons nos habitudes, ce qui suppose une transformation culturelle. « Il importe… que les habitants des pays occidentaux changent leurs modes de vie, que les pays du sud prennent trop souvent pour exemple… Pour atteindre la neutralité carbone, il faut changer les infrastructures, mais aussi la manière de produire et de consommer » (page 88).

Six modifications de nos pratiques pourraient ainsi avoir un effet bénéfique.

En premier, il importe que nous adaptions notre manière de nous nourrir : acheter moins de produits transformés, manger des fruits et légumes locaux et de saison, si possible bio, produits sans utilisation d’engrais chimiques et pesticides, cultiver soi-même une partie de son alimentation dans son jardin, ou sur sa terrasse ou sa fenêtre, consommer moins de viande (et de poisson), cuisiner les restes… Non seulement cela nous sera bénéfique, mais cela nous fera économiser les 30 kg de nourriture qui, en France, sont gaspillés par personne et par an, dont 7 kg de produits non déballés !

En second, il importe de réduire nos gaspillages. Avant tout économiser l’eau (18 litres sont perdus quand on laisse l’eau couler pendant un brossage de dents ou un rasage). Mais aussi n’acheter que ce dont on a besoin et, pour cela, nous apprendre à résister aux tentations provoquées par les publicités. Et puis nous efforcer de lutter contre les « effets néfastes de l’obsolescence programmée des équipements, qui entraîne des renouvellements d’achats inutiles et des consommations supplémentaires de matières premières » (page 85), en n’achetant, si possible que des « objets robustes, interopérables (cf. chargeurs de téléphones qu’on puisse prêter, échanger, réemployer…) et qui soient réparables » (page 86).

En troisième, lutter contre l’envahissement de notre monde par les déchets : saisir les occasions d’acquérir des appareils d’occasion, supprimer les « emballages superflus, remplacés par les produits en vrac et systématiser l’utilisation de contenants (bocaux…) en verre, proscrire les objets à usage unique, utiliser de matériaux biodégradables et éliminer, ou au moins limiter, les plastiques » (page 84), utiliser le compost, valoriser les déchets par le recyclage, trier carton et verre (1 tonne de verre récupérée équivaut, par exemple, à 700 kg de sable économisé).

D’autre part, adopter des moyens pour économiser l’énergie : optimiser et éteindre les éclairages artificiels, « mieux isoler les logements et employer des modes de chauffages performants (avec un habitat rénové, les besoins d’énergie pourraient être divisés par deux), mais aussi éteindre les appareils électriques quand on ne les utilise pas (la nuit…) » (page 85), ne pas chauffer à plus de 19 °, nettoyer sa boite mail, etc.

Par ailleurs, limiter ses déplacements à ce qui nous est réellement utile, favoriser les relations avec les sites « les plus proches… des lieux de consommation (cf. maraîchage, AMAP…) », employer de préférence les moyens de transport les plus économiques (marche à pieds, vélo, transports en commun, ou covoiturage), « favoriser les voyages en train, plus qu’en avion ou par la route… développer l’emploi de véhicules électriques et surtout, demain, à hydrogène et restreindre l’aérien à ce qui est réellement » nécessaire (page 85).

Enfin, éviter de contribuer à la pollution ambiante. Par exemple, faire son nettoyage au savon noir, au vinaigre blanc et au bicarbonate de soude, plutôt qu’à des produits sophistiqués, coûteux et contenant souvent des matières nocives.

En adoptant de telles pratiques, on peut ainsi à la fois économiser de l’argent et améliorer sa santé (en particulier par une alimentation saine et équilibrée…). Chacun peut donc agir efficacement et tirer des gains personnels d’un changement de ses habitudes. C’est possible, démontré par les bénéfices résultant d’une économie sobre en carbone, qu’on a constatés pendant le confinement.

Toutefois, si l’on examine attentivement toutes ces suggestions, on constate qu’il ne s’agit pas tant de réduire notre consommation, que d’en reprendre la maîtrise et la réorienter. Nous ne dépenserons pas moins, mais mieux, afin d’en être à la fois plus heureux et en meilleure santé, tout en préservant l’avenir de nos enfants.

Cela suppose juste un effort de chacun à son niveau. Mais cela nécessite aussi de résister à « l’hyper-individualisation et le tout marché… et de rechercher l’équilibre entre le privé, le public et l’économie sociale et solidaire (associations, mutualisme, O.N.G.), contre l’envahissement par l’univers, sans lois et sans règles, de l’ultralibéralisme, où tout se vend…

C’est bien un appel au changement culturel des Occidentaux, qui ont tendance à considérer que la nature est au service de l’homme, que celui-ci doit la dominer et la soumettre et peut, à son gré, l’utiliser à son profit ».

« Certains pensent qu’en plus, il nous faudra, à titre privé, développer notre autosuffisance et notre autonomie, afin de dépendre le moins possible des autres. Car, par la spécialisation, notre société nous a rendu dépendant de l’extérieur, qui pourrait s’avérer défaillant. »

Mais il reste beaucoup à faire car si « les opinions publiques ont pris conscience de tout cela et rentrent même de plus en plus souvent en « rébellion », ce sont surtout les urbains, diplômés qui y sont sensibles. Il reste donc à convaincre la plupart de nos contemporains ».

C’est l’enjeu de l’indispensable engagement politique, qui devra surmonter « les compétitions entre les Etats, qui sont absurdes, compte tenu qu’ils subissent tous, de façon interdépendante, les effets néfastes de leurs négligences, que les frontières n’ont jamais arrêtés ».