10 CONTES DE MA GRAND-MÈRE BRETONNE

« Chers enfants, fermez vos yeux, tendez l’oreille et ouvrez votre cœur. Les contes que je vais vous dire, notre grand-mère nous les racontait, à ma sœur et à moi, lorsque j’étais un petit garçon. Ils relatent les aventures d’hommes et de femmes qui vivaient en Bretagne, il y a longtemps. Leurs épreuves et leur manière de triompher des obstacles nous montrent des chemins de vie. Ces leçons pourront vous guider, vous aussi, aujourd’hui ou demain. »

EXTRAIT AUDIO


« Les contes, qui n’existent que si on les croit, font partie de la littérature orale, souvent transmise par les femmes. Il nous paraissait primordial d’en proposer une version enregistrée. Nous avons retenu dix de ces histoires, qui sont reprises dans ce double C.D.

Quelles sont les originalités de ces contes ?

Ils relatent les aventures d’hommes et de femmes qui vivaient en Bretagne, autrefois… Ce qui arrive à plusieurs des personnages reflète, à l’évidence, des anecdotes familiales vécues. Ce qui leur confère souvent un aspect réaliste. Mais les histoires citées s’inscrivent néanmoins dans ce qui caractérise l’universalité des contes.
Les contes font, généralement, une place centrale à l’imaginaire, évoquent la vérité de l’invraisemblable… et mettent en avant une toute-puissance, capable de transformations, qui permettent d’échapper à la réalité. C’est central dans beaucoup de contes traditionnels, tels que Aladin, Ali Baba, Cendrillon, Le Chat Botté, ou Le Joueur de flûte de Hamelin, ou, a fortiori, chez Harry Potter. Dans les contes qui sont cités ici, le magique n’est présent qu’en toile de fond, dans le contexte, même chez la fée Margot. Mais il y a pourtant bien des personnages étranges (Margot), une connaissance des secrets cachés de la nature (Séverin), des animaux qui parlent (Césarine et Maurin), un temps non linéaire (Périn), des pouvoirs novateurs (Armel) et des sages ésotériques que l’on consulte (Lahire et Agathe).
Les contes enseignent habituellement les obstacles que l’on peut rencontrer sur les chemins de vie et les manière de les surmonter. Ainsi Boucle d’or alerte sur les effets de la curiosité qui peut entraîner à pénétrer chez les ours, sans leur accord, ou Les Trois petits cochons sont incités à construire solidement, pour échapper au loup. De même, les épreuves des héros des contes présentés ici se concluent sur la recommandation de conduites, telles que l’humilité (Honorin), la solidarité (Séverin), l’hospitalité (Marthe), ou le courage (Armel). On est proche des fables de La Fontaine, lorsqu’elles invitent à la réflexion (« En toute chose il faut considérer la fin », dans Le Renard et le Bouc), à la prévision (« Rien ne sert de courir, il faut partir à point », dans Le Lièvre et la Tortue), à la circonspection (« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute », dans Le Corbeau et le Renard), ou à la modestie et à la persévérance (« On a souvent besoin d’un plus petit que soi » et « Patience et longueur de temps font plus que force, ni que rage », dans Le Lion et le Rat). Toutefois, sauf peut-être dans l’histoire de Lahire et Agathe, les contes repris ici ne transmettent pas une conception morale du bien et du mal, sous une forme simple et rigide, comme le fait, par exemple, La Comtesse de Ségur dans « Les Petites Filles modèles », « Les Malheurs de Sophie », « Un bon petit diable », ou « Jean qui grogne et Jean qui rit ». Dans ces contes-ci, il s’agit plutôt d’inviter à surmonter un travers personnel… et le message central est, souvent, l’importance du respect des autres et de la solidarité.
Il est, par ailleurs, courant que des contes pour enfants mentionnent des spectacles de cruautés (La chèvre de Monsieur Seguin, La petite sirène, La petite fille aux allumettes, Barbe Bleue, ou même Le Petit Chaperon Rouge…). Pourquoi ce besoin d’évoquer des terreurs immémoriales, dans les contes ? Il s’agit, sans doute, en transmettant une perception distanciée des menaces, de décharger la tension de la peur, qui est souvent, avant tout, le produit de notre imagination. Présenter des situations provoquant l’effroi, vise à juguler l’angoisse, tenir la mort à distance… et, donc, donner du sens à la vie… Plusieurs des contes exposés ici citent des scènes effrayantes. C’est même, caricaturalement, mis en avant dans l’histoire d’Armel. Toutefois, sauf au départ de l’histoire d’Honorin, l’affrontement à des hostilités extérieures n’est pas au cœur de ces contes, comme dans La Belle au bois dormant. Des agressions d’ennemis ne sont évoquées que de façon anecdotique. Les protagonistes ne sont pas non plus confrontés à des adversaires au sein de leurs familles, comme dans Cendrillon, Peau d’âne, Le Petit Poucet, ou Blanche Neige. Sauf dans l’histoire de Lahire et Agathe, c’est la misère qui est l’adversaire omniprésent, parfois jusqu’à l’extrême, chez Armel. Il s’agit là, sans doute, d’inciter le jeune lecteur à se préparer à une lutte pour la vie…

Dans l’évocation des dangers, la plupart des contes utilisent, classiquement, trois procédés :

•       Ils décrivent souvent des situations à la limite de l’incompréhensible, qui est toujours menaçant (disparition du soleil…) et ils proposent alors des explications, ce qui limite le danger. C’est ce que fait, par exemple, Rudyard Kipling dans ses Histoires comme ça, lorsqu’il indique comment la curiosité de « L’Enfant d’éléphant » aboutit à ce qu’il ait une trompe, comment « Le Chat qui s’en va tout seul » échappa à la domestication, parce qu’il était le plus malin et rusé des animaux, ou comment, dans « La Baleine et son gosier », celle-ci, trop gourmande, vit sa bouche « grillagée » de fanons, afin de l’empêcher d’avaler des humains… C’est le cas ici, où la fée Margot clarifie les mystères effrayants des esprits de la forêt, où les animaux font comprendre ses erreurs à Césarine, où Aimé indique à Barnabé ce qu’il lui faut apprendre pour réussir sa vie…
•       D’autre part, la plupart des contes ont un côté amusant, facétieux, dédramatisant par le rire. L’humour a effectivement sa place dans la plupart des contes présentés ici (cf. anecdotes des relations avec les fées telles que Margot, retrouvailles de Séverin avec sa sœur, plaisanteries à l’encontre d’Honorin durant sa scolarité, exercices ludiques proposés par Aimé, agréements de Lahire et Agathe… et même moments de joie des tailleurs comme Maurin…).
•       Enfin, les contes laissent toujours de l’espoir, en finissant bien. Le dénouement des ceux qui sont repris ici est effectivement toujours positif. Mais pas stéréotypé, du genre « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », sauf pour Lahire et Agathe. Il arrive que l’histoire se termine par un mariage (Mathilde, Marthe…). Mais, généralement, ce qui est déterminant, c’est plutôt la découverte d’un nouvel équilibre de vie et de relations, à l’issue d’une lutte contre soi-même.

Les histoires présentées ici ont aussi au moins trois autres particularités. Tout d’abord, les héros de ces contes sont, quatre fois sur dix, des femmes. Mais celles-ci, sauf Agathe, ne sont pas dans des rôles typiquement féminins. Elles adoptent plutôt la position dominante typique du matriarcat breton.

Par ailleurs, contrairement à ce qu’on trouve souvent dans les contes traditionnels, les caractères et les actes des héros des contes cités ici ne sont jamais tout bons, ou tout mauvais. Ainsi Honorin est orgueilleux, Séverin égocentrique, Périn entraîné, par sa curiosité, à quitter son pays, Césarine autoritaire, Lahire et Agathe, égoïstes…
Enfin, l’intrigue de ces contes n’est pas, même dans le cas de Lahire et Agathe, fondée sur des histoires d’amour, avec un beau prince sauveur, comme dans La Belle au bois dormant, ou Peau d’Âne. Cependant, l’affection et la vie en couple sont fréquents, mentionnés à la suite d’une perte, ou, plus souvent, comme une perspective d’avenir. »



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