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LES DIFFÉRENTES CULTURES

Pour comprendre les étrangers

Ayant travaillé dans une trentaine de pays, mes expériences m’ont conduit à constater différentes caractéristiques qui différencient les cultures. Celles que j’ai décelée, je les ai résumées dans « Rencontrer les Autres… cultures autour du monde », que je viens de publier. Ainsi…

Ne vous sentez pas agressés, si, en voyageant, les gens que vous croisez se collent à vous, ou, au contraire, restent distants. Tout le monde n’a pas les mêmes conceptions de l’espace. Il vous faudra vous habituer à ce que, dans certains pays, les gens aient tendance à se tenir très proches des autres et à vivre dans des lieux exigus. C’est l’inverse, ailleurs.

De même, ne soyez pas surpris que, dans certains pays, on vous fasse attendre et les réunions s’éternisent… ou bien qu’au contraire, on vous. Toutes les populations n’ont pas la conception du temps. Certaines vivent dans l’instant, tandis que d’autres, notamment en Orient, ont inversement tendance à prendre largement leur temps… On doit tenir compte que certains, tels les Allemands, fixent des programmes prévisionnels détaillés auxquels ils s’attendent à ce que l’on se conforme en respectant scrupuleusement ce qui est planifié… Alors qu’ailleurs, quand on dit « demain » cela veut juste dire « plus tard ». N’en est-il pas souvent ainsi, en Espagne ?

Dans certaines contrées, en particulier dans les pays latins, on vous accueillera à bras ouverts. Vous constaterez que chacun s’y soucie de l’apparence… et de sa propre présentation. Il faut vous préparer à ce que tout le monde s’y exprime de façon plutôt volubile… et vous donne la parole. Mais ne vous attendez-pas à ce qu’on se souvienne de vous… Ailleurs, vous rencontrerez des gens silencieux, qui valorisent la neutralité et la discrétion… et il vous sera difficile d’établir des relations avec eux. Mais, si vous y arrivez, vous aurez constitué un réseau d’amis sur lesquels vous pourrez toujours compter.

Il existe encore des régions dans lesquelles on rencontre des gens qui ne s’intéressent guère qu’à ce que l’on fait, à ce qu’on a les moyens de consommer et à ce qu’on possède. Vous y serez entraînés dans des conversations avec des autochtones constamment soucieux de l’action, de la compétition, de la production et des résultats matériels et financiers. Quitte à ce que la violence soit, au besoin, mise en avant…. Dans d’autres régions, la préoccupation principale de la plupart des gens est d’ordre spirituel et chacun se préoccupe surtout de développer son être, plus que son avoir. Vous y noterez que ce qui est primordial, c’est de ne jamais perdre la face. Cela fait, par exemple, qu’en Chine, il vous faudra accepter on ne réponde jamais ni oui ou non, à vos questions. Comme si l’on ne pouvait pas supporter de le reconnaître, si on se trompait.

Dans certains pays, qui ont de longues traditions marchandes, vous devrez comprendre que ce qu’on vous dit est toujours négociable, selon les circonstances, en se référant aux finalités des contrats. Ce qui vous contraindra à engager des discussions pour établir, avec vos interlocuteurs, des accords, dont vous devrez ensuite vérifier constamment qu’ils sont à jour… Ailleurs, pour d’autres populations, ce qui importe c’est le respect de ses engagements, pour l’honneur. Quitte à ce que cela n’oblige qu’à agir de son mieux, sans obligation de résultats.

Dans certaines cultures, comme aux Etats-Unis, vous constaterez que ce sont les comportements individualistes et la réussite personnelle qui prévalent… Dans d’autres contextes, notamment, au Japon, les habitants ont, avant tout, à cœur de se dévouer aux intérêts de leur collectivité… et se soumettent volontiers, avec discipline, aux règles de leur société.

Il vous arrivera aussi d’être entraîné, à certains endroits, dans le jeu et les aventures, par des peuples qui privilégient la liberté et acceptent les risques… Ailleurs, il vous faudra prendre des précautions, remplir des formalités et souscrire à de multiples obligations, car on y recherche la sécurité et évite les incertitudes. Ce qui conduit à formaliser les règles, le droit et les lois.

Ici on vous incitera à prendre des initiatives. C’est souvent le cas dans les pays anglo-saxons, qui glorifient la réussite des meilleurs, mais s’en remettent au pouvoir de la majorité. Ce qui fait que les responsables sont toujours accessibles… et que les expressions d’autosatisfaction ou les manifestations verbales véhémentes y sont assez mal tolérées… Ailleurs, ce qui est déterminant c’est plutôt d’arriver à comprendre de quelles hiérarchies on doit respecter l’autorité. C’est souvent le cas, par exemple, dans les pays latins.

Il existe également des contrées dans lesquelles les gens se comprennent à demi-mot, où on ne vous transmettra que des messages flous, des allusions ou des expressions imagées… et où vous devrez discerner ce qu’on veut vous dire, qui est souvent déterminé par les usages. Certaines cultures se distinguent ainsi par la part de l’implicite dans leurs propos et la mesure dans laquelle elles supportent les ambiguïtés et les incertitudes… Il ne faut pas se méprendre, car, à d’autres endroits, on attendra de vous, inversement, que vous disiez clairement ce que vous souhaitez et pensez, car l’habitude y est de faire en sorte que tout soit explicite.

Il importe aussi de tenir compte que les cultures se distinguent selon leur attitude à l’égard des critiques interpersonnelles et la place qu’y ont les compliments, félicitations et sanctions. Dans certains contextes, vous devrez éviter tout jugement, car les appréciations interpersonnelles sont assez mal acceptées. C’est notamment le cas dans les cultures marquées par le catholicisme, où toute remarque est ressentie comme une accusation de défaillance, ou même de péché… Au contraire, dans les cultures marquées par le protestantisme, les critiques sont acceptées et on attendra même de vous que vous fassiez savoir ce que vous pensez de ce qu’on vous a servi.

Enfin, vous serez parfois ébahis par les comportements des personnes que vous rencontrez car, selon les cultures, les types de personnalité encouragées ou honorées varient beaucoup… A certains endroits, ce sont l’énergie et les activités physiques et sportives qui sont privilégiées… Ici on valorise le dynamisme et le travail. Ailleurs, on accorde de l’importance à la réflexion, aux pauses, aux méditations et aux loisirs… Ici, on accepte ou même on encourage les réactions sensibles ou affectives. Ailleurs, on réprouve toute expression de ses sentiments… A d’autres places, on valorise plutôt l’intellectualisme et l’idéalisme et on est souvent invité à participer à de longues conversations philosophiques… Alors qu’ailleurs les longs discours sont réprouvés et à éviter. Dans ces pays, ce qui souvent est valorisé, c’est plutôt le courage et la persévérance.

Attendez-vous donc, lorsque vous rencontrerez des étrangers, à ce qu’ils ne pensent pas et n’agissent pas comme vous… Et efforcez-vous de comprendre les raisons des différences entre leurs conceptions et pratiques… et celles auxquelles vous êtes accoutumés.

D’où l’importance de multiplier les occasions d’échanger avec ceux qui sont différents de nous.

Cela vous éclairera sur vous-mêmes et ce sera, pour vous, une précieuse source d’enrichissement personnel.

LES DIFFÉRENTES CULTURES

Des causes des incompréhensions entre les Anglais et les autres Européens

Les Européens du continent ont été marqués par leurs racines terriennes. Ils ont parfois des difficultés dans leurs relations avec les peuples aux traditions marchandes et maritimes. C’est ce qu’illustrent les anecdotes citées par Pierre Alain Lemaître dans de « Rencontrer les Autres… cultures autour du monde ».

Il relève d’abord que trois choses frappent d’emblée, dans les contacts avec les Anglais.

Tout d’abord leur attachement à la liberté individuelle, à l’indépendance et, donc, au libéralisme que formalisa Adam Smith à la fin du dix-huitième siècle : on attend de chacun qu’il prenne des initiatives et se débrouille, les obligations sociales et de solidarité étant minimes.

Ensuite leur empirisme, qui fut mis en avant par John Locke (fin du dix-septième siècle) et William James (1842-1910). Les Anglais se réfèrent aux faits concrets et valorisent les observations et expériences pratiques… et rejettent le primat des idées, méprisent les discussions abstraites et se font une gloire de n’être pas des intellectuels.

Enfin leur attitude à l’égard des autres. Leur souci de préserver leur souveraineté fait que les Anglais sont ethnocentriques et considèrent des autres comme des moyens ou des sources d’opportunités. Ils ne peuvent admettre les relations d’interdépendance. Ne dit-on pas : « l’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents. Elle n’a que des intérêts durables » ? Souvent, ils sont centrés sur leur propre communauté et ont un sentiment de supériorité manifeste. Ils préfèrent rester entre eux, au sein de leur groupe social et culturel. Cela explique que « les attitudes des Britanniques, les font percevoir comme constamment « distants » … Cette perception est peut-être simplement un effet de leur façon de gérer l’espace. Au Royaume Uni, celui-ci est structuré par l’évitement des contacts corporels, comme l’illustrent les dimensions des fauteuils en cuir des clubs… La proximité physique ne signifie rien. Le fait d’habiter la porte à côté des membres d’une autre famille n’autorise ni à leur rendre visite, ni même à frayer avec eux, par exemple en prenant pour prétexte que leurs enfants sont les camarades de jeux naturels des siens. On ne peut donc établir des rapports avec des Britanniques sur la seule base du voisinage. Chez eux, les rapports sociaux sont fonction non pas des structures spatiales, mais du statut social » (page 141). Cette distanciation se traduit, au Royaume Uni, par une stratification sociale entre des collectivités vivant côte à côte, sans se mélanger, dans des zones distinctes… quasi-castes, qui isolent les ethnies… et séparent les riches et les pauvres.

Ce qui rend les Anglais insupportables, c’est surtout leur non-respect des engagements pris. Des « expériences de collaborations avec des Britanniques permettent de… le comprendre. Leurs comportements reflètent leur histoire et leurs conditions de survie. Ils ont une mentalité de négociants, car ils ont, par le passé, lancé des navires sur les flots. A l’époque, les bateaux revenaient, …ou pas. S’ils ne coulaient pas, c’était la fortune. Mais le risque était immense. Ce qui a justifié la constitution des grandes compagnies d’assurance (Lloyd’s…). C’est sans doute ce qui fait que les Anglais ont pris l’habitude de considérer que, si les conditions changent, le contrat est remis en cause ». Cela correspond aux principes de l’utilitarisme, que prônait Francis Bacon (1561-1626) et qui fut repris par John Stuart Mill (milieu du dix-neuvième siècle). La plupart des Anglais se soucient surtout de leurs propres intérêts, peuvent… admettre de procéder à des tromperies et tricheries… et considèrent que leurs engagements sont réversibles… Ainsi, des démarches manipulatoires pourront, pour des Anglais, démontrer une habileté raffinée d’adaptation rapide, dans les relations commerciales… » (page 133). Pour les Anglais, les duperies font donc partie des règles du jeu, alors que les autres peuvent le percevoir comme étant de la perfidie.

Ainsi, la culture britannique repose, comme celle des Pays Bas d’ailleurs, sur une longue histoire de peuples de commerçants de pays dont la survie et la prospérité ont toujours dépendu de l’étranger et qui établissaient leurs comptoirs marchands sur toutes les côtes du monde…

Ce n’est pas un hasard, si, aujourd’hui, certaines des plus grandes multinationales européennes, telles que Philips, Shell ou Unilever, sont anglo-néerlandaises

Mais, avec les Néerlandais, on est « confronté à une apologie de la négociation et de la recherche du compromis et du consensus. Ils tiennent à ce que leurs avis soient pris en compte dans les décisions de groupe… Pour eux, le bon choix est celui auquel personne ne s’oppose. Ils recherchent donc systématiquement une forme de consensus limité de non refus, d’acceptation par tous de ce qui est envisagé… et non de recherche d’une irréaliste adhésion active… Pour cela, ils mettent l’accent sur la consultation, la concertation, la coopération et le soutien mutuel… Ce qui suppose… que les réunions soient fréquentes et marquées par le désir d’aboutir à un accord, que tous les partenaires aient le sens du dialogue, visent la définition de normes communes, soient prêts à des concessions… et disposés à respecter les décisions prises et en assumer la responsabilité… Cela entraine les Néerlandais à pratiquer l’art de la négociation, les partenaires étant d’accord sur certains principes. Toutes les parties doivent exposer leur point de vue. On dit alors les choses sans détour, avec pragmatisme et rationalité. Puis on tente de parvenir à une solution conciliant les positions des uns et des autres. Ce qui perçu, aux Pays-Bas comme un signe d’ouverture et de souplesse. Le choix arrêté est généralement le fruit de la réflexion rationnelle sur ce qui a la plus grande probabilité de finir par emporter l’assentiment général… Cela fait, « culturellement », des Néerlandais, de redoutables négociateurs, surtout lorsque leurs intérêts financiers personnels sont en cause » (page 145).

Revenons sur les particularités culturelles des Anglais.

Ce qui fait leur charme, c’est leur savoir vivre, leur souci du « style » et même de la « classe », de l’apparence, de la présentation et du « chic » des vêtements, mais aussi des « bonnes manières », de la courtoisie, du raffinement et de la distinction, de l’attitude à la fois sûre d’elle-même et détendue, décontractée, nonchalante, en même temps qu’arrogante, parfois hautaine et cynique, matinée d’autodérision… et de l’originalité allant jusqu’à l’extravagance.

Enfin, ce qui rend les Anglais admirables, c’est leur acceptation des risques, avec flegme, y compris l’éventualité de la mort, leur remarquable sang-froid, en restant imperturbables et leur courage que l’on retrouve dans leur discussions impassibles dans lesquelles ils emploient souvent le vocabulaire de la guerre.