Roches en travers du chemin

Réveillons-nous ! Les civilisations modernes sont en dérive. Leur crise est flagrante quand on examine leurs tendances dans au moins sept domaines : vitesse, consommation, virtuel, individualisme, insécurité, droit et vérité. Pourquoi est-ce si important ?

En simplifiant, on peut relever que…

 

1- Tout d’abord, tout change constamment et cela s’accélère. Nous vivons dans l’instantané, l’immédiat (cf. accès aux nouvelles en continu) et sommes stimulés en permanence par des messages souvent à la fois urgents et vides (en particulier des appels et S.M.S. téléphoniques et sur les réseaux sociaux…). Il en résulte que nous sommes fascinés par la vitesse et entraînés par l’accélération et l’instabilité du monde. Nous avons alors le sentiment que l’avenir nous échappe, cessons de croire au progrès et finissons par ne plus rechercher, en contrepartie, que des jouissances immédiates… et avons un désir exacerbé de « profiter » de tout ce qui passe…

 

2- Nous développons alors le désir obsédant de gagner du temps, que tout soit facile… et de pouvoir, notamment, échapper au travail. Nous avons une envie constante de loisirs. Cela finit par une recherche obsessionnelle de « se faire plaisir », de jouer et d’autres préoccupations futiles… Cela débouche sur une focalisation sur le matériel, le confort, le bien-être, l’utilitarisme… et le besoin un adolescent d’avoir « tout, tout de suite ». D’où émergent des envies insatiables, une consommation avide et sans limite, y compris du superflu, stimulée par la publicité. Jusqu’à la recherche continuelle de possession : avoir toujours plus.

 

3- La technologie nous entraîne à une immersion dans les échanges d’images et le virtuel (cf. livres audio, casques de réalité virtuelle, hologrammes impressionnants, etc.), au risque qu nous confondions le fictif et la réalité. Nous finissons par être constamment obsédés par l’apparence, incités à échapper au réel et confrontés à la violence gratuite et sans limite des passages en force que véhiculent des vidéos qui suscitent des émotions exacerbées. Jusqu’à ce que de plus en plus d’entre nous soient tentés par toutes sortes de drogues.

 

4- C’est alors l’individu qui prévaut, avec la recherche permanente de chacun d’affirmer son existence personnelle et son indépendance… et la mise en avant de ses propres intérêts, indifférente aux autres. Nous sommes obsédés par nous-mêmes, « moi d’abord » et « chacun pour soi », ce qui exacerbe les jalousies interpersonnelles. Nous avons un souci narcissique permanent de notre propre image et de la façon dont nous sommes perçus et sommes constamment désireux d’être reconnus par les autres. Ce qui entraîne paradoxalement, dans un monde où les communications se multiplient, une augmentation de la solitude de chacun.

Le « moi, je » aboutit à la fluctuation des engagements, jusqu’à la déstructuration des familles, dont témoignent la fréquence des séparations et divorces.

Cela débouche aussi sur l’exacerbation des revendications et exigences catégorielles, chaque groupe se disant constamment victime de discriminations. Il en résulte, de plus en plus souvent, des affrontements entre minorités et des divisions sociales accrues.

 

5- Parallèlement, nous développons, inconsciemment, un souci obsédant de sécurité. Nous perdons confiance en qui ou quoi que ce soit, en arrivons à aspirer à toutes sortes de surprotection, faisons appel au principe de précaution, même dans des situations sans risque catastrophique… et considérons que la protection de la vie passe avant tout. Il n’y a plus de héros… et plus guère de valorisation du courage.

 

 

6- Chacun n’est plus préoccupé que par ses droits et exige la satisfaction de ses aspirations particulières. On oublie ses devoirs vis à vis d’autrui et on agit sans règles, sans interdits.

D’où une véritable « crise de l’éthique », dans laquelle on n’arrive plus à convenir de ce qui est « bien » et de ce qui est « mal ». Notamment, les idéaux humanistes d’égalité, de solidarité, de justice sociale sont perçus comme naïfs et obsolètes.

Cela fait que notre société est clivée entre ceux qui ne croient plus en Dieu… et ont trop souvent tendance à ne rien respecter et ceux qui ont des croyances ethnico-religieuses fanatiques, manichéistes et dogmatiques, qu’ils tentent de répandre en s’appuyant sur une carence éducative des masses de jeunes, qui facilite la transmission de certitudes erronées et illusoires.

Avec le mouvement de pensée qui, surtout depuis 1968, met à mal les points de repère des valeurs de référence traditionnelles, on voit s’étendre une aspiration revendicative à une liberté individuelle sans limite, alors que la liberté ne saurait pourtant être sans réserve. Cela ne fait qu’aboutir à une tendance générale à l’irresponsabilité.

 

7- Tout ceci ne tient que par la multiplication des déformations, dissimulations, dénis, mensonges, tricheries et autres vérités parallèles, fabriquées sur mesure pour conforter des certitudes simplistes. Comme s’il n’y avait plus de réalité sur laquelle compter.

 

Ne conviendrait-il pas de dénoncer ces dérives ?

 

L’accélération ne nous empêche pas de rechercher des constantes et préparer l’avenir (1). Il devient vital de ne pas nous laisser entraîner par les apparences (3) et de ne pas nous mentir (7). Notre monde est confronté à des risques démographiques, écologiques, sanitaires et économiques, qui menacent nos vies. Nous ne les surmonterons que si nous arrivons à y œuvrer ensemble (4), à prendre le risque de certains engagement courageux (6) et faisons en sorte de maîtriser nos consommations (2). Cela suppose que nous soyons capables de nous astreindre à poursuivre des objectifs et acceptions de partager les astreintes, les efforts et les gains (5).