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Compréhension interculturelle

Peut-on espérer une paix durable entre les hommes ?

Même si la violence n’est pas dans la nature humaine, elle est néanmoins présente chez certains, ce qui provoquera inévitablement des conflits. Cependant, aujourd’hui, comme je le montre dans « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde », les actions de quelques-uns peuvent être fatals à toute la vie sur terre. Il est donc indispensable et possible de limiter les conflits armés. On le peut si l’on est convaincu que c’est nécessaire, en employant une force non violente résolue.

Si l’on pense que la nature humaine a le mal en soi, comme le disaient notamment Saint Augustin, Machiavel, Luther, Hobbes, ou Adam Smith, les hommes auraient inexorablement une hostilité aux autres. IL en résulterait qu’l y aurait toujours des agressions et des guerres.

« Pour justifier ces antagonismes, certains évoquent que l’évolution résulte… de la lutte pour l’existence (« struggle for life ») décrite par ùDarwin : historiquement, la sélection des individus proviendrait d’un affrontement compétitif…, à l’issue duquel ne survivaient que les plus forts et agressifs, éliminant les autres… Pourtant, on sait aujourd’hui que des processus d’entraide, y compris entre espèces, ont été déterminants… Ceux qui ont survécu ont dû s’appuyer sur d’autres et protéger les leurs, au moins leurs progénitures » (page 240).

Pour ma part, je pense que les hommes ne sont naturellement ni bons, ni mauvais. Tout dépend de leur éducation et de leurs expériences.

Ce que j’ai observé, durant toute ma vie professionnelle, c’est que, couramment, entre 10 et 20 % des gens s’efforcent de faire le bien et ont le souci des autres, tandis qu’entre 10 et 20 % des humains ignorent ou transgressent systématiquement leurs obligations sociales et tentent constamment de vivre aux dépens des autres. Il reste entre 60 et 80 % de la population, qui respectent habituellement leurs devoirs, mais profitent aussi des occasions, sans se gêner.

S’il en est bien ainsi, il en résulte trois conséquences :

– On ne peut pas, pour instaurer la paix, compter sur la diffusion d’un discours moral, qui ne convaincrait sans doute qu’une minorité.

– Il importe plutôt de faire en sorte que la majorité perçoive qu’il est dans son intérêt de tenir compte des autres, essayer de comprendre leurs intérêts et coopérer avec eux.

– Il restera toujours une marge de malfaisants, qui chercheront constamment à nuire.

Il y aura donc probablement toujours des antagonismes entre les hommes, à des degrés divers : méfiances interpersonnelles, hostilités et agressions, tentations de certains, surtout les plus puissants, d’user de la force, pour laquelle les possibilités économiques et militaires sont déterminantes, pour faire valoir leurs propres intérêts ou croyances, écraser les oppositions et l’emporter, utilisation de la violence pour faire fléchir ou même détruire ses adversaires, brutalités qui l’emportent sur la raison, meurtres et guerres.

Quelles sont les raisons pour lesquelles se développent ces antagonismes interpersonnels ?

Parfois on observe des réactions hostiles, sous prétexte de se défendre des attaques des autres.

Il arrive aussi que les tensions interpersonnelles résultent simplement de rivalités fraternelles.

Il restera toujours des intérêts antagonistes et des concurrences pour les ressources, le rang, ou le pouvoir. Ce qui peut induire des réactions susceptibles d’entraîner des conséquences néfastes. Il est pourtant de très nombreuses situations dans lesquelles la coopération serait plus fructueuse. J’ai pu le démontrer dans l’expérience « que je cite dans mon ouvrage sur « La décision », pages 147 à 160. Il s’agissait… d’étudier des choix de groupes, dans des situations dans lesquels les résultats qu’ils obtiennent dépendent aussi des décisions de leurs adversaires. Spontanément, la plupart des groupes… « s’enferment dans un comportement suicidaire d’antagonisme à l’égard des autres… Ils ne se posent même pas la question de leurs propres objectifs… et leur analyse des opportunités de la situation est… presque toujours… insuffisamment rigoureuse… Seule une possibilité de négociation entre les groupes permet d’élaborer une stratégie commune… à condition qu’elle ne soit pas d’emblée bafouée par une trahison, qui rend évidemment improbable, pour la suite, la confiance nécessaire » (page 104). Pourtant des désaccords le partage des biens ne débouchent pas nécessairement sur des conflits. On peut décider d’un partage pacifiquement. Mais il y aura toujours des gens pour qui la compétition est confondue avec la recherche de « l’élimination ou, même, de la destruction de ses adversaires… Alors que l’existence d’antagonistes peut être bénéfique pour se renforcer… et peut même être profitable à tous, comme l’ont démontré les succès économiques du libéralisme, notamment pour le développement des pays émergents » (page 104).

Il restera encore éternellement des égoïstes et des cupides, qui ne se soucient que de défendre leurs propres intérêts et exploitent les autres : « Il est normal que chacun s’efforce d’améliorer sa situation… et de conserver ses avantages… On peut comprendre que, face aux difficultés, la tendance spontanée de chacun soit… de chercher à en tirer le meilleur » (page 104). Ce qui peut conduire à tenter de s’approprier les biens d’autrui. Y remédier suppose de « mettre en oeuvre des moyens pour empêcher que certains s’approprient tout… Il est vital que ceux qui possèdent plus, acceptent de partager, au moins une partie de ce qu’ils ont » (page 105).

Au-delà des intérêts antagonistes, il y arrivera aussi toujours, qu’il y ait des divergences d’opinions, de croyances, de convictions, ou des prises de position qui s’opposent. Certains ont ainsi des attitudes racistes, ou peuvent humilier les autres. Pourtant, « les désaccords n’impliquent pas… le dénigrement mutuel systématique, qu’illustrent les positions des politiciens. On peut s’efforcer de comprendre, avant de critiquer. L’argumentation pour défendre ses positions en sera meilleure. Ce n’est pas parce que nos idées s’opposent, que le dialogue… ne peut pas être bénéfique. Au contraire, l’échange n’en sera, généralement, que plus enrichissant » (page 104).

Il y aura également sans doute toujours des mégalomaniaques qui aspirent à dominer et s’assujettir les autres. Ils visent à exercer une volonté hégémonique et, pour triompher, tentent souvent de diviser pour régner.

Enfin, il y aura toujours « des criminels, des fous cruels et des sadiques, tirant leur plaisir du mal qu’ils/elles infligent aux autres… Il faudra toujours lutter contre eux » (page 105).

On ne pourra donc probablement jamais éviter totalement les conflits armés. Pourtant, il ne n’est plus possible de laisser se perpétuer ces antagonismes, pour au moins trois raisons :

– C’est inefficace. « Nous avons pris conscience qu’« on ne peut jamais détruire tous ses ennemis », comme le disait Bill Clinton à propos des contentieux entre Israël et Palestiniens. Ceux qui survivent en sont renforcés dans leur incitation à l’antagonisme. Ce qui débouche nécessairement sur d’incessantes confrontations armées… D’ailleurs, les résultats des conflits des cinquante dernières années au Moyen Orient (Palestine, Afghanistan, Irak, Syrie, etc.) font douter que la victoire des plus forts fonctionne encore » (page 106). La guerre est, en tout cas, bien moins efficace, aujourd’hui, que les échanges commerciaux, pour défendre ses intérêts.

– On ne peut plus laisser faire car, « aujourd’hui, tout affrontement peut être fatal, ne serait-ce que parce que les armements qui permettent des « destructions massives » sont accessibles à bien des pays, qui sont de plus en plus nombreux à posséder les moyens d’éliminer l’humanité entière et même toute vie sur terre… Toute attaque serait inévitablement réciproque… et conduirait à une annihilation mutuelle » (page 106).

– Il est possible d’instaurer des pratiques qui évitent les conflits armés comme nous le démontrons, « depuis 75 ans, en ayant su éviter, avec la dissuasion, de nous détruire avec la bombe atomique » (page 106).

Il est donc primordial de faire le nécessaire pour maîtriser ceux qui sont à l’origine de conflits armés, afin de leur imposer d’agir en faveur de l’intérêt général.

Que faire pour cela ? La première des conditions est de contrôler les ventes d’armements. Mais le plus déterminant est d’exercer une résistance par la force qui convainque ses adversaires d’adopter une attitude constructive, tout en évitant de se trouver engagé dans des rapports de violence réciproque. Les exemples de Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela ont montré que l’on peut imposer des changements, sans violence. Ce qui suppose d’avoir le courage d’être prêt à risquer sa vie. En effet, de l’ordre des deux tiers de ceux qui promeuvent des démarches pacifistes courent le risque de finir par être assassinés, comme l’illustrent les cas de Jean Jaurès, Gandhi, Martin Luther King, Robert Kennedy et Yitzhak Rabin. Mais cela n’a pas empêché le succès de leurs mouvements pour l’indépendance, en Inde, pour les droits civiques, aux Etats-Unis, ou pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud.

Compréhension interculturelle

Les technologies informatiques rendent-elles idiot ?

Les humains, notamment les enfants, passent plus de 6 heures par jour devant des smartphones, des télévisions, y compris dans leur chambre, des tablettes ou des consoles de jeux. Nous subissons les effets de cette expansion des technologies audiovisuelles de traitement des informations et communications : écrans, Intelligence Artificielle, réseaux sociaux… Cette révolution informatique bouleverse nos existences et nos façons d’agir et même de penser.

Tout d’abord, les écrans nous immergent dans un monde d’images, dans lequel on n’échange guère que des photos et vidéos. Ainsi, des études montrent qu’aujourd’hui, les moins de 35 ans ont plus d’interactions à distance que leurs aînés et se réfèrent, plus qu’eux, au streaming ou aux podcasts. Les sources d’informations qu’ils privilégient sont les vidéos en ligne, ou même les jeux vidéos (!), tandis que les plus de 35 ans se réfèrent encore à la télévision, éventuellement reprise sur internet, à la radio, à la presse, ou aux livres. Il en résulte que…

– nous vivons de plus en plus dans les images et, comme le visuel s’adresse à nos sensibilités, nous sommes submergés par nos émotions et sous l’influence de nos opinions préconçues. Ce qui nous rend plus réactionnels que réfléchis ;

– cela nous recentre sur nous-mêmes. Comme il n’y a pas d’échange, on simplifie tout et on perçoit mal la complexité ;

– nous sommes ainsi souvent dans l’apparence et le superficiel, le paraître et la présentation physique et vestimentaire ;

– la fiction occupe aussi une part importante et croissante dans nos vies. Nous sommes fascinés par le virtuel, vivons dans l’artificiel et nous finissons par croire que tout est possible. Dans ce monde d’illusions, ne ressortent que les chocs, ce qui nous rend dépendants du plus frappant et nous imprègne de violence. Ce qui explique le succès des thrillers, vampires et films d’horreur ;

– certains d’entre nous finissent par être entraînés dans des pratiques d’enfants gâtés, où il n’y a plus de place que pour les jeux vidéo, les oreilles bouchées par les écouteurs, jusqu’au culte de la laideur, encore accru par l’intoxication par les drogues qu’on est encouragé à essayer.

Nous subissons, par ailleurs, constamment des incitations induites par des applications d’« Intelligence Artificielle » (IA), qui réalisent des fonctions effectuées jusques là par des humains, comme reconnaître des éléments sur une image ou répondre à une question. Ainsi, les IA « savent » détecter une source de difficulté, identifier une solution, ou recommander une action. Des IA sont même capables de réaliser, plus vite que les hommes et avec une exactitude supérieure à eux, des tâches complexes, par exemple en jouant aux échecs ou au jeu de go. Est-ce à dire qu’elles sont intelligentes ? Avec le développement du deep learning, on leur « apprend » à prédire ou trancher entre des éventualités, à partir de données, en utilisant une approche statistique. Leur « apprentissage » se fait par renforcement, à partir de milliers d’erreurs. Mais il ne s’agit que d’une imitation des pratiques humaines, simulant une compréhension. Ce sont juste des algorithmes (suites d’instructions ou de calculs), qui permettent à des ordinateurs de s’appuyer sur des masses d’informations accumulées sur un objet précis, pour « apprendre » à fournir rapidement des réponses à des questions très spécialisées. Ce qui permet aux utilisateurs d’interagir avec ces ordinateurs, sur un chatbot (programme informatique conversationnel), en ayant l’illusion de recevoir des avis d’experts compétents. Mais les machines ne sont pas autonomes. Elles se contentent d’appliquer des formules conçues par des hommes, suivant des architectures logiques dessinées par des hommes. Il faut des interventions humaines pour les mettre au point, écrire leur programme d’entrainement et préparer les données qui leur sont nécessaires, pour leur montrer le plus grand nombre de cas auxquels se référer. Cela ne crée pas d’intelligence des choses. La machine ne fait que répéter ce qu’elle a reçu. Ainsi, les systèmes de type GPT-3, sont des réseaux de « neurones » auxquels on enseigne, de manière statistique, à dire le mot suivant à partir d’un début de texte. A la base, ils ont ingurgité tant d’exemples qu’ils « savent » que, dans les dialogues, après « Salut ça… », il y a souvent « va ». Mais ils n’ont aucune « idée » de ce que cela veut dire. C’est juste du remplissage de mots. Les IA ne savent pas faire des liens évidents pour nous et n’ont pas de sens commun. Les machines n’ont pas conscience d’elles-mêmes, ni du monde qui les entoure. Elles ne ressentent aucune émotion et n’ont aucune capacité critique, ni intention, ni créativité. On peut se demander si elles pourront un jour faire des découvertes et/ou s’améliorer elles-mêmes. C’est nous qui, par anthropomorphisme, leur prêtons des capacités qu’elles n’ont pas et donnons du SENS à ce qu’elles produisent. Par exemple, des start-ups utilisent actuellement des deepfake (hyper-truquages) pour procurer l’impression d’une immortalité numérique, en recréant un être humain. Elles entraînent une IA à reproduire les habitudes d’une personne disparue, en s’appuyant sur de nombreux messages et photos échangés avec elle, de son vivant, ce qui permet de créer un simulacre de ses propos, de sa voix, de sa diction, de ses expressions ou même l’apparence des traits et du corps du disparu, donc une illusion de sa présence, avec laquelle on peut interagir, converser et dialoguer et qui répond comme l’intéressé l’aurait fait. Cela permet à des vivants qui sont incapables de faire le deuil d’un proche, de croire à l’éternité… Ne s’agit-il pas d’un détournement de la réalité, conçu pour nous tromper ? De plus, l’IA souffre des biais induits par les données qui ont servi à son « apprentissage ». Ainsi, dans leur traitement automatisé du langage, les automates régurgitent ce qui ressort fréquemment sur Internet, univers où le modèle puise ses « connaissances ». Si celles-ci ne sont pas sélectionnées ou vérifiées, la machine « apprend » du buzz, des opinions, ou des « fake news ». Les informations issues de Wikipédia ne représentent souvent que 0,6 % ses sources. Les algorithmes peuvent donc reproduire des biais, par exemple sexiste, en écartant le C.V. d’une femme parce que celles-ci sont sous-représentées dans le métier considéré, ou bien reproduire des phrases racistes, donc, en définitive, produire des informations fausses, apparemment réalistes et nous influencer à tort. Les sociétés qui créent de tels systèmes devraient, pour le moins, dire précisément comment elles alimentent leurs algorithmes… et cesser de prétendre produire de l’intelligence…

La diffusion d’outils portables multifonctions (des milliards de smartphones sont actuellement vendus dans le monde) et les échanges par téléphones, e-mails et S.M.S. nous accoutument à…

– un échange de messages simples et brefs, souvent formatés (du type « taka… ») et d’icônes… Ce qui nous fait perdre toute dextérité dans l’emploi du langage, surtout écrit ;

– une multiplication des relations superficielles et passagères avec des inconnus. Cela provoque une recherche insatiable de connexions avec de supposés « amis » et une recherche égocentrique compulsive de reconnaissance (faire parler de soi), au sein de groupes d’affinité, en recherche de notoriété (cf. sensibilité au nombre de « like »). Ce qui crée des relations d’interdépendance et de dépendance au verdict des clics ;

– tous ces contacts fugitifs nous rendent constamment soucieux de l’immédiateté des réponses… Nous en venons à ne plus vivre que dans l’instant présent sans futur, sous la dictature de l’urgence, dans la brièveté et même de la fugacité de l’attention, continuellement préoccupés de la nouveauté, des actualités, de l’accès à l’évènement, au best-seller du mois ;

– ce monde frénétique fait de nous des impatients chroniques. Pas de temps à perdre. Nous devenons intolérants aux inactivités et ne prenons plus le temps de la réflexion et de la méditation, qui seraient pourtant nécessaires pour comprendre les situations complexes auxquelles nous sommes confrontés et faire des découvertes au-delà du superficiel ;

– nous finissons par être obsédés de la continuité des relations par S.M.S., e-mails, ou tweets. Il nous faut absolument garder une connexion permanente et nous ne supportons plus la solitude.

D’où le succès de cette présence les uns aux autres que constituent réseaux sociaux, qui jouent alors un rôle de propagation. Par leur intermédiaire, les contestataires, même si leur nombre ne s’accroissait pas, ont de plus en plus le moyen de faire valoir leur opinion ! Or, chacun estime avoir le droit d’exprimer tout ce qui lui passe par la tête. Ce qui met sur le même plan l’avis des experts les plus compétents et l’opinion de n’importe qui. On a le sentiment que tout se vaut, que toutes les paroles sont égales, que la voix de chacun est aussi valable que celle d’un scientifique. Ce qui rend simultanément sceptique et crédule. On finit par ne plus croire en rien et ne plus avoir de convictions ou on se raccroche à une narration collective, même si elle est fausse (après tout si tant de gens sont du même avis, c’est sûrement vrai). Cela conduit à l’envahissement par les commentaires et controverses sur les chaînes d’information. Sur les réseaux sociaux, c’est la multiplication des protestations véhémentes, qui sont souvent de posture. Il n’y a plus que critiques haineuses, invectives, dénonciations et attaques ad hominem, au nom du droit à s’indigner, ce qui incite à imaginer des complots. Cela délégitime toute parole publique et entraîne la défiance systématique à l’égard du pouvoir et le manque de respect des institutions qui incarnent l’Etat. Les dirigeants démocratiques élus sont constamment critiqués, de même que la police et la justice. On aboutit à un écrasement des hiérarchies, dans une société qui s’horizontalise. C’est le rejet de l’autorité des anciens et des maîtres et même des parents et de l’école. C’est même une crise du respect de l’autre. Alors même qu’on aurait besoin de se centrer sur ce qui nous est commun. Tout le monde parle en permanence, mais personne ne débat vraiment. Il n’y a plus de volonté de prendre en considération les points de vue de ceux qui défendent des idées opposées aux siennes, ni d’argumentations étayées. Cela dévalue non seulement l’expression, mais aussi la pensée. Alors même que, simultanément, la technologie permet une surveillance sociale généralisée de chacun, notamment par des caméras !

PRATIQUES CULTURELLES

Les conflits violents sont-ils évitables ?

Ces cinquante dernières années, les confrontations armées se multiplient, notamment au Moyen Orient (Palestine, Somalie, Afghanistan, Algérie, Irak, Iran, Lybie, Soudan, Yémen, Syrie, Kurdistan, Arménie). Ne survivent que les plus forts. Trop souvent, la brutalité l’emporte sur la raison. Est-ce dû à la nature humaine, ou à une diversité de phénomènes divers ? Mais, alors, si, actuellement, l’entente entre les peuples est indispensable et possible, comment l’instaurer ?

Certains pensent que la perpétuation des conflits est inévitable, car ils sont dans la nature des hommes… Une propension au mal, sanguinaire, existerait, chez l’homme, conformément à la théorie de Hannah Arendt. Les hommes ne sont-ils pas souvent irresponsables, cupides, vénaux, racistes, malveillants, iniques et cruels ? De nombreux auteurs (Saint Augustin, Machiavel, Luther, Adam Smith…) ont ainsi développé des conceptions selon lesquelles les hommes seraient spontanément égocentriques, méfiants et hostiles aux autres. Pour la culture judéo-chrétienne, avec l’idée de « péché originel », le mal préexiste au bien, chez les humains. Pour ma part, je ne souscris pas du tout à cette conception, que reprend Freud, lorsqu’il dit, dans « Malaise dans la civilisation », que l’homme a un « besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagement, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer ». Il s’agit là, à mon sens, d’une conception artificielle, justifiant nos travers pervers. En effet, les études actuelles de l’histoire de l’humanité démontrent que l’interprétation de l’évolution comme étant une lutte pour la survie, dont ne subsisteraient que les plus forts, est une erreur. On sait aujourd’hui que des entraides ont été déterminantes dans la sélection. Ceux qui ont survécu ont protégé les leurs, ou au moins leurs progénitures. Il n’y a que par les alliances, y compris entre espèces, que les êtres vivants ont survécu. C’est leur aptitude à s’intégrer dans une communauté et coopérer qui a rendu les hommes en, mesure de dominer le monde.

Si je ne souscris pas à cette conception pessimiste, je ne peux pourtant que constater que les divergences entre les peuples sont inévitables, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il y aura toujours, entre les humains, des divergences d’opinions.

« Il adviendra aussi toujours qu’apparaissent, parfois, des intérêts contraires entre eux… Il est normal que chacun s’efforce d’améliorer sa situation… On peut comprendre que la tendance spontanée de chacun soit de chercher à en tirer parti, pour lui-même, sans se soucier des autres et de tenter de conserver ses avantages, parfois, au détriment des autres ». Il y aura toujours des égoïstes, qui agissent selon leur intérêt personnel, sans se soucier de l’intérêt général et qui tentent de s’approprier les biens d’autrui.

Il arrive aussi que des antagonismes résultent de la peur des autres et de la lâcheté. On s’engage alors dans des conflits, sous le prétexte de se défendre d’une agression venant de l’extérieur.

Ajoutons qu’aujourd’hui, plus que jamais, les compétitions entre les individus et les groupes s’intensifient. Cela fait que, comme le révèle des expériences que j’ai faites, « la plupart des groupes… s’enferment spontanément dans un comportement suicidaire d’antagonisme à l’égard des autres, qui leur est, en définitive, défavorable ». Pourtant « toute concurrence ne veut pas dire élimination ou, a fortiori, destruction d’adversaires… qui sont bénéfiques pour se renforcer… Les succès économiques du libéralisme… dans le développement des pays émergents, montre bien que la concurrence entre les peuples peut être profitable à tous ».

Il arrive aussi souvent que les réactions des hommes soient le produit de leur manque de réflexion et bêtise, de leur avidité, ou de leur malveillance.

Il arrive encore que certains, par orgueil, « surtout les plus forts, soient tentés, pour faire valoir leurs propres intérêts ou croyances, de dominer les autres, écraser les oppositions et user de la force, pour laquelle leur pouvoir économique ou militaire est déterminant ». Ils deviennent parfois alors des mégalomaniaques qui tentent d’exercer une hégémonie, dominer et s’assujettir les autres… et tentent souvent de diviser pour régner, afin de l’emporter.

Il arrive aussi que « des hommes tentent d’user de la violence, pour faire fléchir ou détruire leurs adversaires, parfois simplement du fait de rivalités fraternelles pour le pouvoir ».

Enfin, « il y a… des « salauds », des criminels, des fous meurtriers et des sadiques, tirant leur plaisir du mal qu’ils infligent aux autres, contre lesquels il faudra toujours lutter ». La méchanceté existe. Je l’ai constaté, en travaillant, pendant dix ans, sur les fraudes. Mes analyses faisaient ressortir que dix à vingt pour cent de nos contemporains se moquent des autres, que dix à vingt pour cent des gens sont scrupuleux et constamment soucieux de respecter les règles sociales et ne pas nuire aux autres… et que les soixante à quatre-vingt pour cent qui restent sont généralement fiables, mais aussi capables de saisir une occasion pour transgresser les obligations morales, ou faire un calcul erroné, afin d’en tirer un plaisir ou un avantage.

Il y aura donc toujours des tensions interpersonnelles… Cela ne signifie pas qu’elles doivent nécessairement déboucher sur des conflits… Ne peut-on pas les résoudre pacifiquement ?

Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les coopérations entre les peuples deviennent à la fois indispensables et possibles. Tout d’abord, les armements qui permettent des « destructions massives » sont accessibles à bien des pays. Tout affrontement pourrait éliminer toute vie sur la terre. D’ailleurs, depuis 75 ans, nous avons su éviter, avec la dissuasion, de nous détruire avec la bombe atomique. Par ailleurs, les échanges scientifiques et les transactions commerciales internationales deviennent plus fructueux que les affrontements.

Il devient alors vital de se soucier, ensemble, du collectif… Cela ne veut pas dire que « les conceptions et pratiques développées dans les sociétés modernes, pour pacifier les relations, soient pertinentes et suffisantes. Certaines prétendent évacuer de nos vies toute forme possible de différend ou de drame, en imposant la paix dans les esprits. Elles ne tolèrent l’expression d’aucun autre sentiment à l’égard d’autrui que l’accord désintéressé. Ce qui conduit à proscrire les affects et les émois. A les croire, il faudrait, idéalement, une vie neutre, sans frein dans les échanges, donc éluder l’altérité, source de malaises… Or, nous avons appris que les émotions que nous tentons de « refouler » ressurgissent négativement dans notre inconscient. Il est préférable de les reconnaître… »

Ais, inversement, nos désaccords ne devraient pas impliquer « le dénigrement mutuel systématique, qu’illustrent les positions des politiciens. On peut s’efforcer de comprendre, avant de critiquer. L’argumentation pour défendre ses positions n’en sera que meilleure. Ce n’est pas parce que nos idées s’opposent, que le dialogue entre nous ne peut pas être bénéfique. Au contraire, l’échange n’en sera que plus enrichissant ». Il est indispensable aussi d’obtenir que ceux qui possèdent plus, acceptent de partager, au moins une partie de ce qu’ils ont.

PRATIQUES CULTURELLES

Luttons contre notre pessimisme, pour être lucides sur les améliorations et imperfections

Nos contemporains se plaignent de plus en plus souvent. Pourtant, même s’il reste beaucoup à faire, le progrès du monde est indéniable, si l’on considère une longue période. Je le montre dans « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde ». Cela n’empêche pas beaucoup de nos concitoyens de penser le contraire. Pour une saine conception des choses, il importe de comprendre les raisons de ces perceptions trompeuses et opinions erronées.

Tout d’abord, dans le domaine économique, les grandes famines ont disparu… Deux milliards d’êtres humains sont sortis de la misère. « Les progrès les plus nets concernent évidemment les populations des pays en développement… émergents. Les situations de centaines de millions de Chinois et d’Indiens se sont améliorées » (page 54). Mais, globalement, le pourcentage de personnes vivant dans une extrême pauvreté a été divisé par… quatre, car les 40 % de la population mondiale qui vivaient, en 1981, sous le seuil d’extrême pauvreté, ne sont plus que 10 %. Autre exemple, « actuellement, la majorité des humains a accès à l’électricité, alors que c’était à peine plus de la moitié de la population mondiale, il y a 30 ans » (page 55).

Cependant, la mondialisation a moins profité aux plus pauvres et surtout aux classes moyennes des pays développés. Il y a pourtant eu plus qu’un doublement de la productivité du pouvoir d’achat par travailleur, depuis 1975. Les pays industrialisés ont ainsi connu une amélioration moyenne de leurs niveaux de vie, même si « l’économie qu’induit la baisse du coût des produits importés, grâce à la mondialisation, est souvent méconnue et sous-estimée » (page 165). « Ainsi, en 100 ans, dans le monde, le revenu moyen par personne a été multiplié par 10, alors que le prix de la nourriture a été divisé par deux » (page 54). Notre richesse a été multipliée par 20 en quelques décennies. La prospérité l’a emporté sur la pauvreté.

Le résultat c’est qu’on travaille moins. « En 1900, la durée de travail y représentait un quart de la vie (12 ans sur une espérance de vie de 46 ans). Aujourd’hui, si l’on tient compte des réductions d’horaires et des congés payés, elle n’en constitue plus au total, en cumulé, que moins de 10 % (8 années, sur 80 ans) » (page 54).

Plus de temps pour les loisirs et pour s’instruire. « Concernant l’éducation, le nombre des enfants non scolarisés a été divisé par 2 en 20 ans, ce qui fait qu’il n’y a plus 80 % d’analphabètes, comme en 1820, mais seulement 20 % actuellement et qu’en France, on est passé de 20 % à 80 % de bacheliers, depuis 1968 » (page 54).

D’autres observateurs considèrent que nous bénéficions aujourd’hui d’une existence plus pacifique et sûre. Ils affirment que « la violence physique… a baissé dans le monde. Au Moyen Age, la torture… était fréquente, de même que les bûchers, pendaisons, ou décapitations publiques. Depuis, le nombre des tyrannies a diminué. La criminalité aussi, puisque… le taux d’homicides a décliné de 95 %, entre le quatorzième et le vingtième siècle » (page 55). Et puis, depuis le milieu du vingtième siècle, les guerres sont plus rares et tuent moins gens. Pour la première fois, le nombre des suicides dépasse le nombre de morts sur les champs de bataille ! La lutte armée entre Etats a presque disparu et les conflits contemporains sont principalement internes, notamment du fait du terrorisme. Par exemple, avec 30 000 morts, l’Afghanistan concentrait 60 % des victimes, en 2019. Pourquoi cette baisse ? Les analystes évoquent souvent six facteurs explicatifs, souvent d’ordre culturel :

– la diminution des motifs de conflits, avec l’augmentation du nombre des Etats, à la suite des décolonisations et indépendances ;

– les rapports militaires dissuasifs qui se sont établis entre les grandes puissances, depuis 75 ans, à la suite de la mise au point d’innovations techniques capables de destructions massives,

– le développement du libéralisme et l’accroissement des échanges librement consentis entre les peuples et les interdépendances économiques et commerciales qui en résultent. Ce qui fait que la guerre n’est plus le mode le plus rentable de règlement des différends entre les nations ;

– la diffusion d’une « éthique » fondée le respect des différences raciales, physiques ou autres et d’une peur de la guerre, que traduit la stagnation du nombre des articles de journaux comportant le mot « guerre » (environ 15 %), alors que se multiplient ceux qui comportent le mot « santé » (plus de 30 %) ou, plus récemment, le mot « climat » ;

– la multiplication des normes internationales de non-recours à la violence armée ;

– le développement de la démocratie et la diffusion de l’esprit des Lumières (primauté de l’Etat de droit, liberté de la presse…) et l’extension de l’éducation obligatoire…

Enfin, il y a aussi eu une indéniable amélioration sanitaire, puisque la plupart des gens sont aujourd’hui en meilleure santé. « Il y a… beaucoup moins de décès de femmes en couche et d’enfants… On peut attribuer ce progrès aux avancées de la science (hygiène, vaccins, pratiques médicales, antibiotiques…), qui a éradiqué de nombreuses maladies infectieuses » (page 54), mais aussi au travail en coopération, que traduit, par exemple, l’annonce par l’OMS, en septembre 2020, de l’éradication de la poliomyélite en Afrique.

Il en résulte un rallongement de notre « espérance de vie, qui a augmenté de 40 ans, depuis 1900. En un siècle, elle est passée de 45 à 82 ans, en France, où elle a encore progressé de 7 ans depuis 1975… et augmente actuellement de 2 mois par an. Plus récemment, elle a doublé dans les pays émergents… Ce qui crée d’ailleurs des problèmes aigus pour le troisième âge (oisiveté et hébergement à gérer, poids des dépenses de santé, équilibre entre actifs et retraités et financement des retraites) » (page 55).

En résumé, nous avons, aujourd’hui, une vie à la fois plus confortable et facile, plus libre, plus paisible et plus longue que par le passé…

Il ne s’agit pas de nier qu’il reste des menaces et des améliorations à réaliser, dans bien des domaines : plus de 2 milliards de personnes n’ont toujours un accès à l’eau potable de chez eux, des nourritures industrielles déficientes se multiplient, les ressources naturelles terrestres s’épuisent, des inégalités économiques s’accroissent, la pollution, le dérèglement climatique et la dégradation de l’environnement s’étendent, une progression inquiétante des régimes politiques non démocratiques apparaît, etc.

Mais cela n’explique pas que « les progrès soient rarement perçus comme tels… Face aux bouleversements du monde, beaucoup de gens oublient et pensent que « c’était mieux avant » … Seulement un tiers des Français et les deux tiers des Allemands considèrent que la vie est meilleure qu’il y a 50 ans… 56 % des Français et 45 % des Allemands et des Américains estiment que la situation financière de leurs compatriotes est pire qu’il y a 20 ans » (page 56). Ce pessimisme est sans doute dû au fait que les humains ont tendance à ne regarder que le négatif, à en surestimer l’importance, à anticiper le pire et à idéaliser le passé. Pourquoi ?

– notre attention, naturellement défensive, fait que nous sommes attentifs et percevons en priorité le dangereux, ou ce qui pourrait nous être néfaste, plus que sur le « bon ». Ce qui nous conduit d’ailleurs à sous-estimer les améliorations ;

– il en résulte que lorsque l’on prend conscience d’un évènement négatif, on a tendance à focaliser notre attention sur lui et l’interpréter automatiquement comme étant le signe d’une dégradation de la situation, ou même l’oeuvre de sinistres malfaisants ;

– on peut « être influencé, pour cela, par des « prophètes de malheur » qui trompent les gens et nourrissent leurs peurs » (page 57),

– « d’autant plus qu’avec les réseaux sociaux, on est assailli, à longueur de journée, par un torrent de mauvaises nouvelles, images effrayantes et commentaires négatifs » (page 57), propageant un catastrophisme, un « déclinisme » et un « complotisme » ;

– ce peut être accentué par les systèmes politiques. Les dirigeants des régimes populistes ont tendance à insister sur les menaces qui justifient leur autocratie, tandis que les responsables des démocraties sont souvent plus soucieux de répondre aux inquiétudes immédiates de leurs électeurs, que de se préoccuper des enjeux et défis à long terme ;

– les médias, sensibles à la publicité qui les paie, donc à la taille de leur audience, plus qu’à la véracité des informations qu’ils diffusent, mettent, la plupart du temps, au premier plan, les données bouleversantes, terrifiantes ou affolantes, catastrophes et drames, qui attirent le public. Ils prennent, pour cela, « prétexte que leur mission est d’alerter… et parlent rarement de ce qui va bien, notamment des progrès… Ce qui donne une image déformée de la réalité et contribue à accroître l’inquiétude » (page 57), l’anxiété, le cynisme et la dépression des populations ;

– notre mémoire est sélective et rend éphémères nos souvenirs du négatif. Nous oublions toutes les difficultés que nous vivions il y a ne serait-ce que quelques dizaines d’années ;

– nos comparaisons sont alors déformantes, car elles filtrent les « aspects peu enviables des vies des paysans, des artisans, des mineurs, des ouvriers… du dix-neuvième siècle, alors que les enfants travaillaient dans les mines » (page 56).

Heureusement, les scientifiques, qui ont à prouver et rendre des comptes sur ce qu’ils affirment, sont là pour compenser. Ils rétablissent la réalité. Mais ils sont trop souvent loin d’avoir la même audience. A nous de les écouter et questionner plus.

Compréhension interculturelle Non classé

Bien des choses restent à faire pour remédier aux injustices à l’égard des femmes

Dans son livre « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde », Pierre Alain Lemaître souligne l’importance des injustices au détriment des femmes, dans les sociétés majoritaires, dominées par les hommes… et qu’y remédier nécessite encore bien des efforts.

D’abord, dans les sociétés patriarcales, les femmes sont exposées à subir des violences masculines : ainsi, environ trois millions de fillettes sont toujours excisées chaque année dans la vingtaine de pays d’Afrique dans lesquels cette pratique persiste, des femmes subissent des agressions physiques et sexuelles, allant parfois jusqu’au meurtre, qui font encore trop rarement l’objet d’enquêtes et d’inculpations, puisqu’il n’y aurait que 20 % des femmes violées à oser portent plainte et que seulement 3 % des viols qui débouchent sur des procès, des mineures sont engagées par leurs parents dans une union forcée, des femmes sont victimes de violences conjugales, au point qu’il y a, en France, entre 120 et 150 femmes tuées chaque année par leur conjoint ou leur ex-compagnon… et des jeunes femmes sont toujours assassinées par des membres de leur famille pour leurs relations avec des personnes d’autres origines ou religions.

Le combat des femmes pour l’égalité est aussi primordial, car elles sont souvent dévalorisées et n’ont pas les mêmes droits que les hommes. Il est courant que les filles aient « de moindres possibilités d’éducation que les garçons. Pourtant, l’expérience montre que, quand elles bénéficient d’un enseignement, elles réussissent mieux dans les études (par exemple, en France, 84 % des filles ont le baccalauréat, alors que c’est le cas de seulement 74 % des garçons) ». Ensuite, les femmes n’ont pas autant accès à l’emploi que les hommes, puisqu’elles sont, plus qu’eux, recrutées en C.D.D., que plus de 80 % des emplois à temps partiel contraint les concernent… et qu’elles sont encore parfois confinées à des emplois domestiques ou, en tout cas, plus nombreuses dans les métiers peu qualifiés et les filières les moins bien payées (aides ménagères, agents d’entretien, secrétaires, aides-soignantes, employées du commerce…) et moins nombreuses dans les postes les plus rémunérateurs. Il faut dire qu’elles s’engagent, plus que les garçons, dans des études offrant moins de débouchés (littéraire, social, santé, plutôt que sciences et techniques de l’industrie). Les femmes ont aussi nettement moins que les hommes accès aux responsabilités. Elles ne sont ainsi, en France, que 40 % des cadres, alors que 60 % des diplômés de l’enseignement supérieur sont des femmes en Europe, comme aux Etats-Unis. Ainsi, moins de 10 % des PDG des entreprises sont des femmes…

Enfin, les femmes ont, le plus souvent, des limitations de leur possibilités d’action et moins de liberté. Elles ont souvent l’interdiction de disposer de leurs propres personnes et de leurs corps, peuvent même être tenues enfermées, avoir des obligations vestimentaires, être assujetties à des astreintes et exploitées. Et elles doivent accepter de se forcer et refouler leur absence d’envie, voire simuler leur plaisir, dans leurs relations sexuelles avec leurs maris.

Pourtant, ces règles n’auraient pas toujours existé. Selon Heide Goettner-Abendroth, des structures matriarcales auraient existé, notamment en Asie centrale à l’époque néolithique, autour de 13 000 avant J.C. et se seraient développées lors des débuts de l’agriculture et de la vie sédentaire. Mais, autour de 4000 avant notre ère, une crise climatique majeure aurait transformé les terres fertiles des steppes eurasiennes en déserts. Les peuples se seraient alors tournés vers l’élevage. A mesure que les terres s’épuisaient, les conflits s’intensifiaient pour en conquérir de nouvelles. Une culture guerrière s’est alors développée. Le système social, qui avait commencé comme un système de gestion de crise, a perduré. Le patriarcat naîtrait donc de la violence des uns à l’encontre des autres, se battant pour la conquête de pâturages pour les troupeaux. Il est caractérisé par les relations de hiérarchie et domination… et se traduit par une économie d’accumulation et un impérialisme colonial. Il se serait, peu à peu généralisé.

Or, dans ces sociétés patriarcales, les différences culturelles sont couramment enseignées aux garçons et aux filles. « Les garçons ont à apprendre à se conformer à l’ordre, à affirmer leur virilité et à abolir leur empathie. Ils se cuirassent, enfouissent leurs émotions et disent ainsi souvent « je m’en fiche ». Pour exister en tant qu’hommes, ils doivent s’affirmer supérieurs. Ils considèrent que les choses sont vraies, parce qu’ils les énoncent. D’ailleurs la pensée et la raison sont présentées comme leur étant réservées ». C’est sans doute ce qui incite les hommes à la recherche de l’autonomie et de la compétition, dans les sports et sur les marchés, ce qui les pousse parfois à la brutalité. « En retour, la société leur offre l’accès à un statut prestigieux, du pouvoir et de la richesse…

Dans ces sociétés, l’émotion est réputée féminine… et les filles tendent à devenir sensibles et sous le regard critique des autres. Elles deviennent à la fois soucieuses de l’impression qu’on se fait d’elles, préoccupées de leur apparence… et passives, comme en témoigne la fréquence à laquelle elles se taisent ou disent « je ne sais pas ». Celles qui s’expriment sont d’ailleurs perçues comme bruyantes, perturbantes… ou… stupides… L’historienne Michelle Perrot montre ainsi, dans « Le chemin des femmes », que, tout au long de notre histoire, la voix des femmes a été étouffée, empêchée et leurs écrits ont été détruits ».

Ces distinctions entre les sexes ont « plusieurs effets… Tout d’abord, elles engendrent des divergences entre les motivations et projets des hommes et des femmes… Elles induisent aussi « une incapacité des uns et des autres à réfléchir correctement à leurs sentiments. Les garçons la compensent par l’irritation, la rage, la colère et la violence, au moindre doute concernant leur masque d’invulnérabilité, ou s’ils se sentent agressés dans leur masculinité… Tandis que les filles s’enferment dans le silence » (pages 14 et 15). La séparation des sexes crée encore une coupure entre les individus qui, tend à les isoler les uns des autres.

Dans la plupart des sociétés marquées par des tendances patriarcales, les injustices à l’égard des femmes ont conduit alors à de multiples réactions de défense. Ainsi, durant la révolution française, Olympe de Gouges rédigea une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». Par la suite, notamment au cours des décennies 1960/1970, il y eut des mouvements féministes bravant la tradition, l’ordre et la loi, au risque de leur vie… Leur action fit que la situation des femmes s’est beaucoup améliorée, notamment concernant notamment le partage des tâches domestiques telles que les courses, la cuisine, la vaisselle, le ménage, la lessive, et même la toilette des enfants, même s’il reste encore souvent beaucoup à faire pour que ce soit équitable… Il y eut aussi un net progrès dans l’accès des femmes à l’emploi, qui a, d’ailleurs, contribué au développement économique… Cependant, l’inégalité persiste, puisque, par exemple, les femmes ne constituent qu’un tiers de l’effectif de Google… et moins du quart de celui de Facebook ! Et les femmes sont plus exposées au chômage… Il faut dire qu’il reste des codes sociaux machistes, puisqu’une femme est souvent supposée a priori moins compétente et doit s’imposer dans les débats et faire ses preuves. Ainsi, comme le relève Mona Ozouf « les femmes font plus vite connaissance avec la contrainte. De ce fait, elles ont une manière moins arrogante d’envisager la vie ». Ajoutons l’infériorité courante de leurs revenus, pour des postes similaires, puisque, en Europe, les écarts de salaires sont de 16 % en moyenne entre les femmes et les hommes. Il en résulte qu’en France, près de 25 % des pauvres sont des membres des familles de femmes ayant, seules, la charge de leurs enfants… Il y eut aussi, en même temps, un « Mouvement de Libération des Femmes », qui apporta beaucoup : pilule contraceptive remboursée en 1974 en France, légalisation de l’I.V.G. en 1975, reconnaissance du viol comme étant un crime en 1980…

Beaucoup a donc été fait pour remédier aux injustices à l’égard des femmes. Cela prouve que c’est possible. Mais il reste à l’évidence bien des modifications à entreprendre pour leur sécurité, leur égalité et leur liberté.

LES DIFFÉRENTES CULTURES

Dépassons nos préjugés concernant les Américains

Nous avons bien des idées préconçues, parfois fausses, sur la culture des Américains. Pour mieux comprendre celles-ci, nous pouvons nous référer aux expériences de travail en Amérique du nord que cite Pierre Alain Lemaître dans « Comprendre les Autres… cultures du monde » (éditions Cleyriane).

Pierre Alain Lemaître a d’abord constaté qu’« une des valeurs déterminantes de la culture américaine est l’apologie de la liberté, la croyance dans les capacités des individus à prendre des initiatives… C’est toute l’histoire d’une société de pionniers… Le mythe fondateur des Etats-Unis est la ruée pour la conquête de l’Ouest, sans foi ni loi, qui exalte la capacité à se suffire à soi-même et glorifie le succès individuel… et la réussite de celui qui s’est fait tout seul (« self-made man »). Pour les Américains, l’important est d’essayer, jusqu’au succès… Ils ont le goût du… « challenge » et sont prêts à prendre des risques… leurs rétributions étant largement fondées sur les résultats individuels… Ils reconnaissent… les rivalités et, donc, la compétition » (page 35).

Dans « Comprendre les Autres… cultures du monde », Pierre Alain Lemaître note que cette dynamique individuelle est pragmatique : « La coopération avec des Américains m’a… appris qu’un principe fondateur de leur culture est l’empirisme, le réalisme… La plupart d’entre eux ne supportent pas l’intellectuel, le conceptuel et les abstractions. Beaucoup sont peu sensibles à l’idéalisme… et ne s’intéressent qu’aux faits et à l’action. Ce qui conduit au caractère informel et ouvert de leurs méthodes de travail. Ils acceptent tout, du moment que cela fonctionne… et ils parlent souvent en termes simples… sans faire étalage de références culturelles… quitte à paraître incultes… Certains disent même parfois « je ne sais pas », alors qu’ils savent, pour donner une impression de franchise, d’ingénuité et d’honnêteté… Ainsi, ce que les Américains considèrent comme positif, c’est le factuel, le mesurable, les solutions… Cette focalisation sur les résultats les conduit habituellement à se préoccuper avant tout de l’immédiat… Cela correspond à une culture qui valorise le présent, s’intéresse peu au passé et considère que, pour l’avenir, on verra bien… On vit dans l’instant, on s’intéresse peu aux références… et on est entraîné dans une course en avant permanente… Le souci du pécuniaire entraîne alors une recherche du rendement à court terme » (page 29).

D’où une tendance à valoriser la réussite matérielle et l’avoir : « Une autre chose frappante… avec des Américains, c’est l’importance, pour eux, des aspects… pécuniaires… Ils sont constamment soucieux… du gain. D’où la focalisation sur les signes monétaires de succès et la recherche continuelle de la rentabilité… Ainsi est-il habituel, quand on rencontre un Américain, qu’il évoque… ce qu’il gagne… D’autant plus qu’il existe souvent un lien étroit entre les résultats… et les salaires… Ce qui induit d’ailleurs un enrichissement des plus riches et un appauvrissement des plus pauvres. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que les Etats-Unis soit le pays au plus fort écart entre eux…. Cela fait que le terrain de prédilection des Américains est le monde… du « business », dans la patrie du libéralisme » (page 31).

Tout ceci s’inscrit dans une logique de contrat : « Peu de temps après avoir commencé à travailler au Canada, j’ai été très surpris en constatant une réaction… de mon patron. Il m’avait confié une certaine responsabilité… et, une fin d’après-midi, il me convoque et me demande… si je n’estime pas qu’il m’aurait attribué une tâche trop difficile pour moi. Est-ce que je ne me sentirais pas un peu dépassé par mes fonctions ? … Cette question me vexe. Je lui demandais alors ce qui lui fait douter ainsi de mes capacités. Devant ma réaction offusquée, il m’expliqua qu’il avait constaté que je restais tous les soirs jusqu’à après 18 heures 30, alors que l’heure programmée pour la fin du travail était 17 heures 30… Pour lui, j’étais censé obtenir les résultats attendus de moi, sans dépasser le temps qu’il est prévu de consacrer au travail. Il pensait donc naturellement que ma charge était trop lourde pour moi. Ne pas être assez efficace pour s’en sortir en respectant, la plupart du temps, les horaires normaux, était considéré, par lui, comme un signe d’incapacité !… J’ai souvent constaté, ainsi, qu’en Amérique du nord, on se réfère aux… objectifs à atteindre et moyens alloués » (page 25 et 26).

Ce contexte ouvre bien des opportunités : « En travaillant avec des Américains, on découvre… très vite qu’ils exigent des performances, encouragent la concurrence interindividuelle, accordent à chacun de larges possibilités de réussite… et récompensent les succès personnels… Tout le monde peut accéder à un poste de responsabilité avant 30 ans » (page 32). Mais cela suppose, « pour en profiter, d’avoir des capacités et une forme hors pair, se tuer à la tâche… et ne prendre que des vacances courtes » (page 33).

Tout ce système repose sur la place centrale de la consommation : « Lors de mon premier séjour américain… quelques jours après mon arrivée, je croisais une voisine qui revenait du supermarché avec trois parapluies. Dans la conversation, je lui dis que je ne savais pas qu’elle n’avait aucun parapluie. Elle me répondit alors qu’elle en avait déjà cinq, mais que les parapluies étaient actuellement en promotion et qu’il fallait en profiter ! Elle vivait avec son mari et ses deux enfants. Où était le besoin d’avoir deux parapluies par personne ? Par la suite, j’ai constaté bien des fois, cette incitation à la dépense pour des acquisitions superflues, sans référence préalable à l’utilité de l’achat. Cela me heurtait, car… issu d’une tradition paysanne, renforcée par les privations de la guerre, en Europe, je ressentais ça comme contraire au souci de tout économiser par précaution qui m’avait été enseigné. J’ai alors pris conscience que le fonctionnement et la croissance de l’économie de marché libérale nord-américaine sont fondés sur… les promotions commerciales et la recherche… des opportunités de bonnes affaires, en profitant des occasions passagères, quels que soient ses besoins réels. Le marketing suscite des envies et pousse à acheter tous les produits, en faisant en sorte de rendre indispensable l’inutile, ou ce qui répond à des besoins créés artificiellement. C’est ce qui induit la multiplication des centres commerciaux et banlieues… qui caractérisent les paysages américains. Les achats y sont provoqués par la publicité… On se défoule dans le shopping et on est rapidement suréquipé, …ou frustré de n’avoir pas les moyens d’acquérir tout ce qu’on désire, parfois uniquement parce que c’est une preuve… de sa réussite personnelle. Comme si le fait d’avoir plus, était protecteur ! » (page 28).

La pression concurrentielle est contrebalancée par un impératif d’intégration, car, « pour les Américains, on se doit d’être… accessible. Ils ressentent l’obligation d’établir avec les autres des contacts amicaux… Demandez un renseignement dans la rue… et on vous accompagnera… Arrivez habiter dans une ville et… vos voisins viendront, souriants, vous proposer leur aide. La familiarité est immédiate. Dès les premiers contacts, on constate, qu’après une présentation brève, on se fait très vite des « amis » … Ne vous étonnez pas que les gens que vous rencontrez vous appellent rapidement par votre prénom… Pour les Américains, refuser de parler à une personne qui se trouve dans la même pièce… est d’une extrême grossièreté… et est le signe évident d’une hostilité, ou d’un profond mécontentement… » (pages 26 et 27). Cependant, « il m’est arrivé de rester la main tendue, face à des interlocuteurs pour qui le « shake hands » ne se pratique que dans des circonstances exceptionnelles… Cela correspond à la perception de l’espace des Américains. Pour eux, il convient de garder ses distances… et on ne touche pas les autres… Même visuellement, la coutume veut qu’on ne regarde jamais les autres fixement. En particulier, on ne porte pas les yeux sur les femmes. Dans le cours d’une conversation, le regard des Américains vagabonde donc souvent autour des interlocuteurs… » (page 26). « Ne croyez pas que… ces attitudes cordiales correspondent à une attention humaine chaleureuse et profonde. La liberté laissée à l’autre prévaut sur l’attention qu’on lui porte… En Amérique, on est habituellement convivial de façon superficielle, tout en n’établissant aucune relation profonde, qui engage durablement » (page 28).

Tout cela aboutit à ce que « l’une des principales caractéristiques de la culture américaine est la propension à la violence. C’est abondamment illustré par le cinéma américain, des bagarreurs des westerns, aux thrillers, aux extra-terrestres et aux superhéros… et renforcé par le droit de chaque citoyen américain de détenir et porter des armes, garanti par le deuxième amendement… Le résultat c’est la brutalité de la culture américaine, de nombreux meurtres, règlements de comptes sanglants et assassinats d’hommes politiques, une imprégnation par des craintes et une obsession de la sécurité » (page 40).