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Roches en travers du chemin
Compréhension interculturelle

Les civilisations de notre temps sont en péril. Que faire ?

Réveillons-nous ! Les civilisations modernes sont en dérive. Leur crise est flagrante quand on examine leurs tendances dans au moins sept domaines : vitesse, consommation, virtuel, individualisme, insécurité, droit et vérité. Pourquoi est-ce si important ?

En simplifiant, on peut relever que…

1- Tout d’abord, tout change constamment et cela s’accélère. Nous vivons dans l’instantané, l’immédiat (cf. accès aux nouvelles en continu) et sommes stimulés en permanence par des messages souvent à la fois urgents et vides (en particulier des appels et S.M.S. téléphoniques et sur les réseaux sociaux…). Il en résulte que nous sommes fascinés par la vitesse et entraînés par l’accélération et l’instabilité du monde. Nous avons alors le sentiment que l’avenir nous échappe, cessons de croire au progrès et finissons par ne plus rechercher, en contrepartie, que des jouissances immédiates… et avons un désir exacerbé de « profiter » de tout ce qui passe…

2- Nous développons alors le désir obsédant de gagner du temps, que tout soit facile… et de pouvoir, notamment, échapper au travail. Nous avons une envie constante de loisirs. Cela finit par une recherche obsessionnelle de « se faire plaisir », de jouer et d’autres préoccupations futiles… Cela débouche sur une focalisation sur le matériel, le confort, le bien-être, l’utilitarisme… et le besoin un adolescent d’avoir « tout, tout de suite ». D’où émergent des envies insatiables, une consommation avide et sans limite, y compris du superflu, stimulée par la publicité. Jusqu’à la recherche continuelle de possession : avoir toujours plus.

3- La technologie nous entraîne à une immersion dans les échanges d’images et le virtuel (cf. livres audio, casques de réalité virtuelle, hologrammes impressionnants, etc.), au risque qu nous confondions le fictif et la réalité. Nous finissons par être constamment obsédés par l’apparence, incités à échapper au réel et confrontés à la violence gratuite et sans limite des passages en force que véhiculent des vidéos qui suscitent des émotions exacerbées. Jusqu’à ce que de plus en plus d’entre nous soient tentés par toutes sortes de drogues.

4- C’est alors l’individu qui prévaut, avec la recherche permanente de chacun d’affirmer son existence personnelle et son indépendance… et la mise en avant de ses propres intérêts, indifférente aux autres. Nous sommes obsédés par nous-mêmes, « moi d’abord » et « chacun pour soi », ce qui exacerbe les jalousies interpersonnelles. Nous avons un souci narcissique permanent de notre propre image et de la façon dont nous sommes perçus et sommes constamment désireux d’être reconnus par les autres. Ce qui entraîne paradoxalement, dans un monde où les communications se multiplient, une augmentation de la solitude de chacun.

Le « moi, je » aboutit à la fluctuation des engagements, jusqu’à la déstructuration des familles, dont témoignent la fréquence des séparations et divorces.

Cela débouche aussi sur l’exacerbation des revendications et exigences catégorielles, chaque groupe se disant constamment victime de discriminations. Il en résulte, de plus en plus souvent, des affrontements entre minorités et des divisions sociales accrues.

5- Parallèlement, nous développons, inconsciemment, un souci obsédant de sécurité. Nous perdons confiance en qui ou quoi que ce soit, en arrivons à aspirer à toutes sortes de surprotection, faisons appel au principe de précaution, même dans des situations sans risque catastrophique… et considérons que la protection de la vie passe avant tout. Il n’y a plus de héros… et plus guère de valorisation du courage.

6- Chacun n’est plus préoccupé que par ses droits et exige la satisfaction de ses aspirations particulières. On oublie ses devoirs vis à vis d’autrui et on agit sans règles, sans interdits.

D’où une véritable « crise de l’éthique », dans laquelle on n’arrive plus à convenir de ce qui est « bien » et de ce qui est « mal ». Notamment, les idéaux humanistes d’égalité, de solidarité, de justice sociale sont perçus comme naïfs et obsolètes.

Cela fait que notre société est clivée entre ceux qui ne croient plus en Dieu… et ont trop souvent tendance à ne rien respecter et ceux qui ont des croyances ethnico-religieuses fanatiques, manichéistes et dogmatiques, qu’ils tentent de répandre en s’appuyant sur une carence éducative des masses de jeunes, qui facilite la transmission de certitudes erronées et illusoires.

Avec le mouvement de pensée qui, surtout depuis 1968, met à mal les points de repère des valeurs de référence traditionnelles, on voit s’étendre une aspiration revendicative à une liberté individuelle sans limite, alors que la liberté ne saurait pourtant être sans réserve. Cela ne fait qu’aboutir à une tendance générale à l’irresponsabilité.

7- Tout ceci ne tient que par la multiplication des déformations, dissimulations, dénis, mensonges, tricheries et autres vérités parallèles, fabriquées sur mesure pour conforter des certitudes simplistes. Comme s’il n’y avait plus de réalité sur laquelle compter.

Ne conviendrait-il pas de dénoncer ces dérives ?

L’accélération ne nous empêche pas de rechercher des constantes et préparer l’avenir (1). Il devient vital de ne pas nous laisser entraîner par les apparences (3) et de ne pas nous mentir (7). Notre monde est confronté à des risques démographiques, écologiques, sanitaires et économiques, qui menacent nos vies. Nous ne les surmonterons que si nous arrivons à y œuvrer ensemble (4), à prendre le risque de certains engagement courageux (6) et faisons en sorte de maîtriser nos consommations (2). Cela suppose que nous soyons capables de nous astreindre à poursuivre des objectifs et acceptions de partager les astreintes, les efforts et les gains (5).

PRATIQUES CULTURELLES

Pour maîtriser le réchauffement climatique, une évolution culturelle est nécessaire

J’ai vu, le 26 janvier, sur M6, le dernier film de Yann Arthus-Bertrand, « Legacy, notre héritage ». C’est un remarquable plaidoyer, qui invite l’humanité à se mobiliser pour lutter à la fois contre le réchauffement climatique et contre la destruction de la biodiversité. Il est pourtant décevant, pour moi, en reconnaissant que pas grand-chose n’a été fait, au cours des 50 dernières années… et en n’incitant guère les gens qu’à mieux consommer. Ne serait-il pas nécessaire d’analyser plutôt pourquoi rien ne change, malgré la multiplication des conférences internationales ? Mais l’examen des causes de cette situation montre que nous sommes complices de ce suicide collectif. Pour en sortir, nous devrons réaliser, ensemble, une évolution culturelle.

« Legacy, notre héritage » est un long monologue, qui peut agacer, mais est illustré de superbes images et développe une argumentation impressionnante. En conclusion, il nous invite à décarboner nos vies (réduire notre consommation d’énergies fossiles de 5 % par an). Mais il ne peut que constater que ce qui a été réalisé depuis le rapport de 1972 du Club de Rome sur « Les limites de la croissance », la création en 1988 du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC), le sommet de la terre de Rio de 1992, l’accord de Kyoto de 1997, qui décida de la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre… et l’accord de Paris de 2015, qui fixe un objectif d’augmentation de la température auquel ont souscrit tous les Etats, sauf la Russie, n’est à la hauteur, ni des ambitions qui ont été affichées, ni de l’urgente nécessité de remédier à notre destruction de la nature qui conditionne notre survie.

En effet, l’utilisation des énergies fossiles continue à entraîner une crise de notre environnement climatique. Si l’on inclut le gaz de schiste, on extrait et consomme toujours plus de pétrole (100 millions de barils par jour !). Le développement des énergies renouvelables ne fait que s’ajouter. La combustion des énergies fossiles, qui génère du CO2 n’a jamais diminué, provoque toujours un effet de serre, donc un réchauffement climatique, qui s’accélère… et nous sera fatal.

Nous avons aussi poursuivi la destruction de la biodiversité, provoquée, notamment, par l’utilisation des pesticides. Sur 2 millions d’espèces vivantes connues, nous en avons éliminé près de 70 % au cours des 50 dernières années. 75 % des insectes volants ont disparu, de même que 30 % des passereaux, en France. Cela se poursuit, puisque la moitié des espèces sauvages sont menacées d’extinction et qu’environ 1000 d’entre elles disparaissent encore tous les ans. Et cela n’empêche pas, y compris plusieurs pays d’Europe, notamment le Royaume-Uni, de continuer à produire et exporter des pesticides interdits chez eux !

Si tout continue ainsi comme avant, l’essentiel ne serait-il pas de se demander pourquoi ?

Pour moi, trois phénomènes expliquent nos difficultés de mobilisation pour l’écologie :

– Notre immobilisme est d’abord dû aux égoïsmes individuels. Chacun veut être libre de faire ce qu’il veut… et préfère ignorer la réalité évidente, qui menace la survie de tous les êtres vivants, y compris celle nos enfants. Ainsi, 40 % des citoyens du pays le plus polluant de la planète, les U.S.A., ne croient pas (ou ne veulent pas croire) au réchauffement climatique. Je n’estime donc pas qu’il faille, pour faire un progrès, parier, comme Yann Arthus-Bertrand, sur le fait que la plupart des gens soient guidés par leur amour des autres, de tous les autres, quels qu’ils soient. Une évolution culturelle qui incite à la fraternité, la solidarité et même la compassion, est indispensable, sans qu’il faille que quiconque renie pour cela, ni ses intérêts supérieurs, ni les spécificités de son identité. Engageons vite un dialogue entre nous, pour cela.

– Les deuxièmes causes de notre incapacité à instaurer des conditions de vie sur terre qui soient durables, ce sont les antagonismes entre les collectivités et Etats. Depuis plus de 40 ans, chaque nation tient des discours écologiques qui évoquent ses propres options… et, en même temps, freine l’adoption d’un accord sur la mise en œuvre des solutions qui s’imposent… ou ne respecte pas ses engagements. Les premiers qui devraient agir sont ceux qui bénéficient le plus du maintien de la situation actuelle, c’est-à-dire les 10 % de la population mondiale qui, dans les pays industrialisés, produisent 70 % des émissions de CO2. Mais les préoccupations à long terme sont mal prises en compte par des démocraties, soumises aux pressions des intérêts individualistes. Et il continue à y avoir d’absurdes compétitions entre les pays, alors que tous subissent, de façon totalement interdépendante, les pollutions et les accidents climatiques, que les frontières n’ont jamais arrêtées. Pour un progrès réel, il faudra bien que les peuples conviennent de définir des normes et d’instaurer des dispositifs de contrôle de leur respect et de sanction des déviations. Ce qui suppose qu’ils acceptent d’adopter des valeurs communes.

– Enfin, si nous n’avons guère progressé dans la lutte contre le réchauffement climatique et la diminution de la biodiversité, c’est dû à la pression d’une finance, qui domine notre économie. Ainsi, les banques sont largement dépendantes de la croissance, elle-même encore fondée sur les énergies fossiles, que les investisseurs continuent à financer massivement. L’agriculture industrielle, qui utilise le plus les pesticides et absorbe 70 % de l’eau douce mondiale, dont un tiers pour nourrir le bétail, que consomment ceux qui mangent de la viande, épuise la terre. En même temps, la pêche intensive vide les mers, de plus en plus empoisonnées par les déchets plastiques. Mais l’une et l’autre n’enrichissent que très peu de gens. Nous subissons le diktat des 1 % des hommes qui possèdent aujourd’hui autant que les 99 % restant ! Il importe que nous réussissions à renverser cette situation, dans laquelle notre fonctionnement est dominé par les intérêts des gestionnaires de fonds… et instaurer un nouveau type de finance, qui soit au service de la planète, donc des hommes. Mais c’est un projet complexe, qui suppose un accord entre les peuples, qui nécessite, auparavant, que ceux-ci conviennent de certains principes.

Le changement de ces trois causes de nos dérives mortelles actuelles dépend donc de la réalisation d’une mutation culturelle. Actuellement, nous avons la capacité de changer. Si peu de chose évolue, c’est que nous n’en avons pas réellement la volonté. Si nous voulons sauver la vie sur notre planète, il va nous falloir arriver à un socle de valeurs partagées.

Nous devons nous rappeler de notre histoire. Etant des homos sapiens, nos ancêtres ont dû compenser leurs faiblesses naturelles. Ils l’ont fait en développant leur perspicacité (observation, déduction et compréhension, invention d’instruments, construction de stratégies…) et en s’appuyant sur leur aptitude à s’intégrer dans une communauté d’alter ego, s’entraider, coopérer et partager. Il leur a fallu aussi être capable de prendre des risques. Tout ceci a accru leur capacité d’adaptation et ils ont pu s’installer sous tous les climats, dans le monde entier. Ce sont ces aptitudes qui leur ont permis de maîtriser leur environnement naturel.

Mais ils ont fini par tout récupérer à leur bénéfice, conquérir la terre et éliminer tout ce (ou ceux) qui faisai(en)t obstacles à leurs envies…

Ce qui leur a donné l’habitude de chercher à tout s’approprier, à avoir, posséder et amasser toujours plus. C’est cette avidité qui entraîne, aujourd’hui, le genre humain à continuer sa course en avant suicidaire, aveugle, incontrôlée… et qui s’emballe.

Il est vital que nous en prenions conscience et réhabilitions les valeurs qui ont fait la réussite des homos sapiens, notamment l’intelligence et la coopération et le partage.

PRATIQUES CULTURELLES

Que faire face aux risques actuels de mise en cause de la démocratie ?

La démocratie est menacée. Comme le livre « Dépasser les antagonismes interculturels, un enjeu vital, face aux défis mondiaux » le montre, elle est exposée à deux types de risques. Elle est d’abord mise à mal par le développement, depuis les années 1980, des excès de l’ultralibéralisme, qui privilégie l’individualisme, au détriment de la prise en compte des intérêts collectifs. Elle est aussi bousculée, aujourd’hui, par l’émergence d’une minorité qui privilégie un pouvoir populiste, démagogique, nationaliste et autoritaire.

Les sociétés libérales ne sont pas toujours démocratiques, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elles n’accordent guère d’importance qu’à l’argent, entraînent une obsession du court-terme et ne vivent qu’en stimulant la consommation, quitte à inciter à des achats inutiles. « Vivant dans l’instant, la majorité des gens finissent par considérer que tout est momentané et s’efforcer de tout arracher tout de suite… et se convainquent qu’il ne sert à rien de prévoir l’avenir… Ils dédaignent ainsi de… valoriser… l’impact social et environnemental de leurs actions… et même de réfléchir au réinvestissement de leurs bénéfices ». Ces sociétés négligent ainsi certains facteurs économiques déterminants, en particulier le rôle des femmes, qui, pourtant, « participent, par leur travail de procréation et leur entretien du foyer, au bien-être commun, sans que leur travail soit reconnu, rétribué ou comptabilisé ». Et, surtout, elles accroissent les inégalités sociales. « Avec le libéralisme, le souci du bien commun est alors remplacé par la quête des droits individuels… D’où… les tendances à l’individualisme » (page 161).

Chacun estime alors être le centre du monde (cf. multiplication des selfies), veut donner son avis sur tout et avoir toujours raison. Ce qui fait le succès des réseaux sociaux. Chacun considère qu’il a droit à tout. C’est la décomposition de la société et la dégradation du souci du collectif.

Cela induit les gens à vouloir participer eux-mêmes à la vie politique et faire pression sur le gouvernement. Ainsi, il n’y aurait plus que la moitié d’entre eux à défendre la démocratie représentative, tandis qu’un quart de la population revendiquent l’instauration d’une démocratie directe, permettant à chacun d’imposer, aux représentants élus, de prendre en compte ses demandes personnelles. En effet, il existe « deux formes de contrôle du pouvoir par le peuple, qu’il est primordial de concilier : la démocratie directe et la démocratie représentative… La souveraineté appartient au peuple. Les gens désignés pour administrer le pays sont ses serviteurs… » Dans certains domaines, « une participation directe est recommandable, pour élaborer et arrêter des décisions appropriées… Elle est utile pour faire valoir des préoccupations que les représentants ne percevraient pas, ou pour leur suggérer ce qu’il serait pertinent qu’ils envisagent. Elle est primordiale, aussi, pour veiller à ce que des élus n’agissent pas en fonction de leurs propres intérêts… ou lubies… L’action des élus doit être surveillée afin de s’assurer qu’aucun… n’agisse durablement à l’encontre des besoins de la population… Mais l’expression des avis de chacun… ne peut pas être permanente… D’abord, l’expérience montre que les démarches participatives mettent principalement en avant ceux qui ont du temps… et ceux qui se mobilisent pour défendre des intérêts particuliers, sans se soucier réellement du bien commun… Pour que la démocratie représentative fonctionne, l’intervention populaire directe (référendum, concertation…) doit rester exceptionnelle, en cas d’exaction grave des représentants et le droit de révocation doit être limité à des situations extrêmes. En effet, les dirigeants auxquels on a confié un mandat doivent pouvoir mener à bien le programme pour lequel ils ont été élus, sans risquer de destitution, à la moindre impopularité. Il leur faut parfois déplaire pour exercer le pouvoir … et avoir le temps de mener à bien les actions qu’ils engagent, parce qu’ils les estiment indispensables » (page 175).

Toutefois, dans un tel contexte, il arrive que des citoyens aient un sentiment d’être abandonnés ou pas correctement représentés, ou même méprisés. Il leur arrive de perdre confiance dans les dirigeants et de les critiquer systématiquement. Il n’est pas rare que les affrontements se radicalisent alors. Cela peut aller jusqu’à la remise en cause de la presse et même de l’Etat de droit et de la justice… Ce qui permet à des leaders de s’imposer, en prétendant représenter LE peuple, comme si celui-ci était toujours uni. Ils exploitent d’ailleurs les divisions entre les individualités et minorités, en flattant leurs singularités. Ce qui induit une société fractionnée et exacerbe les oppositions entre groupes… Ils manipulent l’opinion par des discours d’indignation mensongers, en disant à la population ce qu’elle a envie d’entendre. Ils prétendent ainsi à l’efficacité illusoire du protectionnisme, qui se retourne généralement contre ceux qui le pratique, en dégradant à la fois la compétitivité des industries locales et le pouvoir d’achat des classes moyennes. Ils diffusent ainsi des conceptions simplificatrices et, pour asseoir leur autorité, mettent en avant l’existence d’ennemis du peuple. Cela suppose qu’ils instaurent, pour rester crédibles, une censure de l’information. Tout échange rationnel devient impossible.

« Dépasser les antagonismes interculturels » montre, pages 169 et 170, que cette « culture des populistes a principalement trois caractéristiques :

– le souhait du maintien de la tradition (identité nationale…) et le conservatisme moral et en matière de mœurs, par des intégristes qui se présentent comme une minorité menacée : condamnation du féminisme, de l’avortement, des homosexuels, des théories de Darwin, apologie de la suprématie blanche, des rapports de force, du port d’armes et de la torture ;

– le racisme, en particulier contre les immigrés, affirmant une supériorité de la race dominante, le lien entre race et territoire (nativisme) et le rejet de tout multiculturalisme. Pour eux la pluralité des identités et le métissage sont des hérésies. Ils considèrent, que, loin de promouvoir la diversité, cela entraîne sa perte, en mélangeant les cultures ;

– un nationalisme exacerbé et le rejet de tout pouvoir supranational. Ce qui fait qu’ils sont hostiles à la Commission Européenne, qu’ils accusent d’éroder la souveraineté des Etat-nations… Il importe ici de souligner la nécessité de cesser de confondre nationalisme et patriotisme… Initialement, le nationalisme est le courant de pensée, du peuple d’un pays qui prend conscience de former une communauté, en raison des liens (langue…) qui l’unit… et qui aspire à l’indépendance et souhaite se doter d’un État souverain. Toutefois, se référant étymologiquement à la naissance et à l’appartenance à une communauté d’origine, le nationalisme exalte des caractères considérés comme supérieurs aux autres. Il devient synonyme de chauvinisme… Ce qu’il entraîne un risque de guerre… Le patriotisme, lui, vient du latin pater, père. Il est le sentiment partagé d’appartenance à un même pays, un amour de celui-ci et un dévouement, fondé sur le désir de préserver l’intégrité de la collectivité à laquelle on appartient, face aux attaques. Il renforce ainsi l’unité autour de ce que l’on a en commun. Il ne s’agit pas de… favoriser ses propres entreprises, produits ou services, au détriment des étrangers, afin de rendre son propre groupe plus riche et plus grand, ni, a fortiori, de rejeter les autres. Au contraire, ce qu’enseigne en France l’exemple de la Résistance, c’est que des membres de minorités aristocratiques, communistes, juives, musulmanes, bretonnes, ou autres… se sont mobilisés pour défendre l’autonomie de leur patrie, au risque de leur vie, sans renier les particularités de leur identité spécifique. Cessons d’opposer acceptation des cultures internationales et attachement aux siens. On peut à la fois être patriote et ouvert aux autres. »

Alors, en définitive, que faire ? Il importe d’abord de consolider tout ce qui peut créer du lien et inciter au partage… et de préserver la liberté d’expression et toutes les occasions de dialogue. Il est, par ailleurs, crucial de faire que les défis qualitatifs à long terme, pour la collectivité (écologie…) soient valorisés. Ce qui suppose que les institutions protectrices (Etat, O.N.G., …) soient soutenues. Il faut, aussi, veiller à l’équilibre entre les forces sociales, notamment l’Economie Sociale et Solidaire, dont les activités sont fondées sur la valorisation de l’utilité.

LES DIFFÉRENTES CULTURES

Pour comprendre les étrangers

Ayant travaillé dans une trentaine de pays, mes expériences m’ont conduit à constater différentes caractéristiques qui différencient les cultures. Celles que j’ai décelée, je les ai résumées dans « Rencontrer les Autres… cultures autour du monde », que je viens de publier. Ainsi…

Ne vous sentez pas agressés, si, en voyageant, les gens que vous croisez se collent à vous, ou, au contraire, restent distants. Tout le monde n’a pas les mêmes conceptions de l’espace. Il vous faudra vous habituer à ce que, dans certains pays, les gens aient tendance à se tenir très proches des autres et à vivre dans des lieux exigus. C’est l’inverse, ailleurs.

De même, ne soyez pas surpris que, dans certains pays, on vous fasse attendre et les réunions s’éternisent… ou bien qu’au contraire, on vous. Toutes les populations n’ont pas la conception du temps. Certaines vivent dans l’instant, tandis que d’autres, notamment en Orient, ont inversement tendance à prendre largement leur temps… On doit tenir compte que certains, tels les Allemands, fixent des programmes prévisionnels détaillés auxquels ils s’attendent à ce que l’on se conforme en respectant scrupuleusement ce qui est planifié… Alors qu’ailleurs, quand on dit « demain » cela veut juste dire « plus tard ». N’en est-il pas souvent ainsi, en Espagne ?

Dans certaines contrées, en particulier dans les pays latins, on vous accueillera à bras ouverts. Vous constaterez que chacun s’y soucie de l’apparence… et de sa propre présentation. Il faut vous préparer à ce que tout le monde s’y exprime de façon plutôt volubile… et vous donne la parole. Mais ne vous attendez-pas à ce qu’on se souvienne de vous… Ailleurs, vous rencontrerez des gens silencieux, qui valorisent la neutralité et la discrétion… et il vous sera difficile d’établir des relations avec eux. Mais, si vous y arrivez, vous aurez constitué un réseau d’amis sur lesquels vous pourrez toujours compter.

Il existe encore des régions dans lesquelles on rencontre des gens qui ne s’intéressent guère qu’à ce que l’on fait, à ce qu’on a les moyens de consommer et à ce qu’on possède. Vous y serez entraînés dans des conversations avec des autochtones constamment soucieux de l’action, de la compétition, de la production et des résultats matériels et financiers. Quitte à ce que la violence soit, au besoin, mise en avant…. Dans d’autres régions, la préoccupation principale de la plupart des gens est d’ordre spirituel et chacun se préoccupe surtout de développer son être, plus que son avoir. Vous y noterez que ce qui est primordial, c’est de ne jamais perdre la face. Cela fait, par exemple, qu’en Chine, il vous faudra accepter on ne réponde jamais ni oui ou non, à vos questions. Comme si l’on ne pouvait pas supporter de le reconnaître, si on se trompait.

Dans certains pays, qui ont de longues traditions marchandes, vous devrez comprendre que ce qu’on vous dit est toujours négociable, selon les circonstances, en se référant aux finalités des contrats. Ce qui vous contraindra à engager des discussions pour établir, avec vos interlocuteurs, des accords, dont vous devrez ensuite vérifier constamment qu’ils sont à jour… Ailleurs, pour d’autres populations, ce qui importe c’est le respect de ses engagements, pour l’honneur. Quitte à ce que cela n’oblige qu’à agir de son mieux, sans obligation de résultats.

Dans certaines cultures, comme aux Etats-Unis, vous constaterez que ce sont les comportements individualistes et la réussite personnelle qui prévalent… Dans d’autres contextes, notamment, au Japon, les habitants ont, avant tout, à cœur de se dévouer aux intérêts de leur collectivité… et se soumettent volontiers, avec discipline, aux règles de leur société.

Il vous arrivera aussi d’être entraîné, à certains endroits, dans le jeu et les aventures, par des peuples qui privilégient la liberté et acceptent les risques… Ailleurs, il vous faudra prendre des précautions, remplir des formalités et souscrire à de multiples obligations, car on y recherche la sécurité et évite les incertitudes. Ce qui conduit à formaliser les règles, le droit et les lois.

Ici on vous incitera à prendre des initiatives. C’est souvent le cas dans les pays anglo-saxons, qui glorifient la réussite des meilleurs, mais s’en remettent au pouvoir de la majorité. Ce qui fait que les responsables sont toujours accessibles… et que les expressions d’autosatisfaction ou les manifestations verbales véhémentes y sont assez mal tolérées… Ailleurs, ce qui est déterminant c’est plutôt d’arriver à comprendre de quelles hiérarchies on doit respecter l’autorité. C’est souvent le cas, par exemple, dans les pays latins.

Il existe également des contrées dans lesquelles les gens se comprennent à demi-mot, où on ne vous transmettra que des messages flous, des allusions ou des expressions imagées… et où vous devrez discerner ce qu’on veut vous dire, qui est souvent déterminé par les usages. Certaines cultures se distinguent ainsi par la part de l’implicite dans leurs propos et la mesure dans laquelle elles supportent les ambiguïtés et les incertitudes… Il ne faut pas se méprendre, car, à d’autres endroits, on attendra de vous, inversement, que vous disiez clairement ce que vous souhaitez et pensez, car l’habitude y est de faire en sorte que tout soit explicite.

Il importe aussi de tenir compte que les cultures se distinguent selon leur attitude à l’égard des critiques interpersonnelles et la place qu’y ont les compliments, félicitations et sanctions. Dans certains contextes, vous devrez éviter tout jugement, car les appréciations interpersonnelles sont assez mal acceptées. C’est notamment le cas dans les cultures marquées par le catholicisme, où toute remarque est ressentie comme une accusation de défaillance, ou même de péché… Au contraire, dans les cultures marquées par le protestantisme, les critiques sont acceptées et on attendra même de vous que vous fassiez savoir ce que vous pensez de ce qu’on vous a servi.

Enfin, vous serez parfois ébahis par les comportements des personnes que vous rencontrez car, selon les cultures, les types de personnalité encouragées ou honorées varient beaucoup… A certains endroits, ce sont l’énergie et les activités physiques et sportives qui sont privilégiées… Ici on valorise le dynamisme et le travail. Ailleurs, on accorde de l’importance à la réflexion, aux pauses, aux méditations et aux loisirs… Ici, on accepte ou même on encourage les réactions sensibles ou affectives. Ailleurs, on réprouve toute expression de ses sentiments… A d’autres places, on valorise plutôt l’intellectualisme et l’idéalisme et on est souvent invité à participer à de longues conversations philosophiques… Alors qu’ailleurs les longs discours sont réprouvés et à éviter. Dans ces pays, ce qui souvent est valorisé, c’est plutôt le courage et la persévérance.

Attendez-vous donc, lorsque vous rencontrerez des étrangers, à ce qu’ils ne pensent pas et n’agissent pas comme vous… Et efforcez-vous de comprendre les raisons des différences entre leurs conceptions et pratiques… et celles auxquelles vous êtes accoutumés.

D’où l’importance de multiplier les occasions d’échanger avec ceux qui sont différents de nous.

Cela vous éclairera sur vous-mêmes et ce sera, pour vous, une précieuse source d’enrichissement personnel.