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PRATIQUES CULTURELLES

Je parie pour la paix, essai de prospective géopolitique

Les transformations décrites dans mon ouvrage « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde » semblent confirmées par les évolutions que nous constatons actuellement, qui me font présager une poursuite de la recherche de la compréhension mutuelle et de la paix d’ensemble entre les peuples, au-delà des inévitables tensions et affrontements.

La facilitation des communications quasi-instantanées et des transports, à l’échelle du globe, entraîne inévitablement la mondialisation des échanges. Toutes les grandes nations ont pris conscience que leur prospérité était fondée sur les coopérations globales… et qu’elles avaient plus à gagner au commerce qu’aux hostilités.

Cette « internationalisation de l’économie contraint à des échanges constants avec l’étranger. La globalisation de la production et de la consommation confronte à des interlocuteurs de toutes les origines…  Les autres sont… en train de devenir à la fois nos adversaires et nos partenaires. Il est nécessaire, pour être en mesure de coopérer avec eux, ou de résister à leurs offensives » (page 112), de se connaître et arriver à dépasser ses divergences culturelles.

On a ainsi assisté, « avec l’O.M.C., au décollage des nouveaux acteurs, en particulier en Asie… Il en résulte… un extraordinaire développement des pays émergents, fondé, dans une large mesure, sur un soutien public énergique » (page 118) et un basculement du centre du monde vers l’Orient et l’Asie. Même si la Chine ne peut plus, désormais, maintenir sa position dominante d’usine du monde qu’en intensifiant ses sous-traitances avec les Etats d’Asie du sud-est et Océanie, qui deviendront aussi, de plus en plus, acheteurs de ses productions. Et s’il lui faut aussi, aujourd’hui, passer progressivement à une économie reposant sur l’accroissement des revenus et de la consommation de sa population.

Alors, les réussites économiques de la Chine et la Russie communistes, ne passent plus par les nationalisations et collectivisations. Elles sont fondées sur des réussites face aux concurrences, qui débouchent sur des enrichissements individuels.

Tout ceci repose sur un tissu de transactions financières nourries par un endettement général croissant. Or la finance suppose la préservation d’une confiance mutuelle minimale.

Cette mondialisation rend inexorablement les nations interdépendantes. Les dégradations écologiques actuelles ne font que l’accentuer. Il faudra bien que les peuples s’entendent pour surmonter les dégradations de la nature que leurs pratiques ont provoquées, qui s’étendent au-delà de leurs frontières, apportant des conséquences néfastes climatologiques et sanitaires.

Je ne crois donc pas à l’émergence de conflits mondiaux, quelles que soient les divergences entre les peuples.

Même s’il restera de multiples occasions de compétitions et d’affrontements.

Avec l’accroissement démographique de la population mondiale, il y a aura nécessairement un épuisement ou, au moins, une raréfaction des ressources naturelles, qui induira des concurrences et compétitions entre les peuples pour leur obtention.

La financiarisation de l’économie mondiale provoque des inégalités croissantes, qui pourront entraîner des tensions et conflits violents.

On assiste au déclin relatif, notamment démographique, de la Russie, qui aura à cœur de compenser ce repli en intensifiant ses interventions à tous les niveaux.

Rien n’empêchera que quelques-uns essaient ponctuellement de mener des actions pour dégager des avantages et profits personnels. Ce qui induira probablement une multiplication des cyber-agressions, notamment russes et chinoises.

Ainsi, peut-on s’attendre à ce que la Russie et la Chine, qui respectent leurs souverainetés et leurs zones d’influence respectives et veillent à ne pas interférer dans les affaires internes l’une de l’autre, s’allient pour la création d’un monde multipolaire et d’instruments de gouvernance internationale remplaçant ceux des Américains (monnaie de réserve mondiale…).

Tandis que les U.S.A. feront en sorte de rester le peuple le puissant économiquement et technologiquement. Ils continueront à être les premiers producteurs et exportateurs d’armes. Au cours des 5 dernières années, ils ont ainsi réalisé 37 % des ventes d’armes mondiales, tandis que la Russie en a effectué 20 % et la France 8 %. Mais les U.S.A. prendront conscience que leur « guerre au terrorisme, n’a fait qu’exacerber les conflits, tout en laissant s’instaurer bien des injustices (massacres de démocrates dans divers pays…) » (page 117) et ils ne voudront plus assumer une fonction de supervision des équilibres mondiaux. Ils joueront seulement de leur poids dans les rapports de force entre Etats, pour défendre leurs intérêts avant tout. Ce qui érodera inévitablement la force des alliances du bloc occidental. Il est d’ailleurs clair que la prééminence des Occidentaux vieillissants est chancelante. L’« Occident » (U.S.A., Europe, Japon…) fera inévitablement face à l’érosion de son antériorité de supériorité technologique.

Il sera ainsi difficile d’éviter l’affaiblissement de l’Europe qui a à surmonter de multiples difficultés, à commencer par les différences culturelles entre les Etats qui la composent et son risque d’envahissement d’ethnies venues d’autres continents, ayant des racines religieuses hétérogènes. L’Europe a les moyens de maintenir sa place, car c’est le premier marché au monde. Mais aucun des pays qui la compose n’a un poids suffisant pour avoir, à lui seul, un rôle significatif à l’échelle mondiale. Il lui faut donc consolider sa cohésion, rénover ses institutions et s’investir plus dans des domaines déterminants. Son premier défi est de renforcer sa compétitivité : protéger ses atouts et développer ses potentiels actuellement sous-exploités : culture économique, investissement en R&D, motivation/dynamisme, relance de l’éducation et de l’ascenseur social, etc.). « L’Europe a besoin d’un second souffle, c’est-à-dire l’affirmation d’une volonté commune, autour d’une idée fédératrice ». Il lui faut, pour cela, « se fixer un projet volontariste mobilisateur mettant en avant l’intérêt général, composé d’objectifs tangibles, dont les populations puissent mesurer l’atteinte » : « actions coordonnées pour l’écologie, coopération scientifique et technologique, mise en commun de moyens de défense, harmonisation des fiscalités, consolidation de la culture européenne » (pages 183 à 190).

S’il y a des conflits armés, ils devraient être limités, provoqués par des mouvements de population, des exigences de souveraineté ou des affrontements entre religions et cultures, que « Le choc des civilisations » de Samuel P. Huntington avait anticipé.

En effet, l’Occident est « un bloc uni, cimenté par un corps de principes : démocratie, droits de l’homme, Etat de droit, liberté de la presse, indépendance de la justice, mobilité sociale et créativité technologique » (page 121). Francis Fukuyama, avait « prédit, dans « La Fin de l’histoire et le dernier homme », que la fin de la guerre froide marquerait la victoire du libéralisme sur les autres idéologies… grâce à la prospérité… Effectivement, au cours des dernières décennies, l’économie de marché s’est étendue, y compris aux anciens pays communistes » (page 62).  Mais cela n’a pas entraîné pas l’adoption par tous du modèle des U.S.A., du capitalisme et de la démocratie.

Ainsi, l’accès à la consommation et la prospérité par la population chinoise induira inévitablement des transformations de ses exigences. Il y aura certainement des accroissements des égoïsmes personnels. Mais l’héritage culturel Han continuera à valoriser la domination impériale et l’attachement à la collectivité nationale, à l’encontre des valeurs et pratiques anglo-saxonnes, souvent faites de libertés individuelles et d’objectifs à court terme.

Pour tenter de maintenir leurs positions, les Occidentaux chercheront de nouvelles alliances, comme l’illustre la création du « Quad », structure régionale de la zone pacifique, réunissant les U.S.A., les Australie, le Japon et l’Inde.

Cette dernière pourrait, à terme, surplanter la Chine, avec laquelle elle a une frontière de 3500 km, dans l’Himalaya, du moins si le national-populisme de Narendra Modi (formule de Christophe Jaffrelot) réussit à fédérer un peuple dynamique, mais complexe et aux traditions pesantes.

Il pourra donc y avoir partout des mises en cause des valeurs par des courants et régimes autoritaires, démagogiques, xénophobes et nationalistes (Russie, Chine, Europe orientale…).

Des conflits pourraient alors prendre la forme de tensions politiques internes à des pays industrialisés, en Occident, Chine ou Inde.

Mais les conflits armés résultant des migrations de population, exigences de souveraineté et des affrontements entre religions et cultures, apparaîtront surtout dans deux autres continents.

La disparition de l’Etat soviétique a suscité, il y a plus de 30 ans, « l’émergence sur la scène mondiale de nombreux pays, aux Etats parfois faibles et/ou sans société civile constituée… La fin de la guerre froide a laissé le champ libre aux appétits d’acteurs régionaux… Cela a provoqué la prolifération de… puissances moyennes… régionales comme la Turquie et l’Iran et de structures informelles d’« entrepreneurs de violence », tels que Daech. Les gouvernements et populations de ces Etats moyens s’affrontent (cf. Balkans, Israël et Arabie Saoudite contre Iran, Turquie et Russie en Syrie, etc.). Il en résulte une multiplication des antagonismes et des conflits, partout, sur la planète. Ces Etats adhèrent plus ou moins aux règles du jeu traditionnelles, quitte à aggraver le chaos (cf. Afghanistan, Irak, Mali, Somalie…). La Turquie s’émancipe, par exemple, de sa loyauté à l’Otan, en décidant d’acheter des armes à la Russie et en engageant des offensives militaires contre les Kurdes dans le nord de la Syrie » (pages 118 et 119). Le Proche-Orient, mais aussi l’Asie sont ainsi devenus des régions poudrières. « Il y a partout des agitations et des redistributions des pouvoirs, des tentatives révolutionnaires, des renversements des rapports de force… en même temps que des résistances aux évolutions… On le constate par exemple dans les pays d’Europe orientale et d’Asie centrale (Ukraine, Caucase, Géorgie…), avec l’indépendance de certains territoires » (page 116). Il faudra vivre avec ces agitations et les contenir. Ce qui suppose une coopération entre les blocs, donc une adhésion, de leur part, à quelques valeurs de base communes.

Enfin, dans les prochaines décennies l’Afrique sera marquée par une formidable croissance et jeunesse de sa population, qui, ayant un accès, par téléphone portable, à toutes les réalités enviables qui existent dans le monde, aura de fortes ambitions. Cela rend ce continent susceptible d’être contaminé par des agitations idéologiques et religieuses, qui risquent d’en faire un terrain de tensions incessantes. Cependant, toutes les autres nations seront attirées par les ressources naturelles et les possibilités de production et de consommation des populations d’Afrique. Face à la fois à ses instabilités et à ces opportunités, l’Afrique profitera de toutes les alliances possibles et devrait arriver à maintenir un équilibre précaire. Toutefois, forte de ses expériences coloniales, elle veillera à tout faire pour préserver son indépendance.

En conclusion de toutes ces observations, parions que l’intelligence des hommes fera que la terre restera, d’ensemble, en paix, tout en n’évitant pas les agressions locales.

Compréhension interculturelle

Peut-on espérer une paix durable entre les hommes ?

Même si la violence n’est pas dans la nature humaine, elle est néanmoins présente chez certains, ce qui provoquera inévitablement des conflits. Cependant, aujourd’hui, comme je le montre dans « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde », les actions de quelques-uns peuvent être fatals à toute la vie sur terre. Il est donc indispensable et possible de limiter les conflits armés. On le peut si l’on est convaincu que c’est nécessaire, en employant une force non violente résolue.

Si l’on pense que la nature humaine a le mal en soi, comme le disaient notamment Saint Augustin, Machiavel, Luther, Hobbes, ou Adam Smith, les hommes auraient inexorablement une hostilité aux autres. IL en résulterait qu’l y aurait toujours des agressions et des guerres.

« Pour justifier ces antagonismes, certains évoquent que l’évolution résulte… de la lutte pour l’existence (« struggle for life ») décrite par ùDarwin : historiquement, la sélection des individus proviendrait d’un affrontement compétitif…, à l’issue duquel ne survivaient que les plus forts et agressifs, éliminant les autres… Pourtant, on sait aujourd’hui que des processus d’entraide, y compris entre espèces, ont été déterminants… Ceux qui ont survécu ont dû s’appuyer sur d’autres et protéger les leurs, au moins leurs progénitures » (page 240).

Pour ma part, je pense que les hommes ne sont naturellement ni bons, ni mauvais. Tout dépend de leur éducation et de leurs expériences.

Ce que j’ai observé, durant toute ma vie professionnelle, c’est que, couramment, entre 10 et 20 % des gens s’efforcent de faire le bien et ont le souci des autres, tandis qu’entre 10 et 20 % des humains ignorent ou transgressent systématiquement leurs obligations sociales et tentent constamment de vivre aux dépens des autres. Il reste entre 60 et 80 % de la population, qui respectent habituellement leurs devoirs, mais profitent aussi des occasions, sans se gêner.

S’il en est bien ainsi, il en résulte trois conséquences :

– On ne peut pas, pour instaurer la paix, compter sur la diffusion d’un discours moral, qui ne convaincrait sans doute qu’une minorité.

– Il importe plutôt de faire en sorte que la majorité perçoive qu’il est dans son intérêt de tenir compte des autres, essayer de comprendre leurs intérêts et coopérer avec eux.

– Il restera toujours une marge de malfaisants, qui chercheront constamment à nuire.

Il y aura donc probablement toujours des antagonismes entre les hommes, à des degrés divers : méfiances interpersonnelles, hostilités et agressions, tentations de certains, surtout les plus puissants, d’user de la force, pour laquelle les possibilités économiques et militaires sont déterminantes, pour faire valoir leurs propres intérêts ou croyances, écraser les oppositions et l’emporter, utilisation de la violence pour faire fléchir ou même détruire ses adversaires, brutalités qui l’emportent sur la raison, meurtres et guerres.

Quelles sont les raisons pour lesquelles se développent ces antagonismes interpersonnels ?

Parfois on observe des réactions hostiles, sous prétexte de se défendre des attaques des autres.

Il arrive aussi que les tensions interpersonnelles résultent simplement de rivalités fraternelles.

Il restera toujours des intérêts antagonistes et des concurrences pour les ressources, le rang, ou le pouvoir. Ce qui peut induire des réactions susceptibles d’entraîner des conséquences néfastes. Il est pourtant de très nombreuses situations dans lesquelles la coopération serait plus fructueuse. J’ai pu le démontrer dans l’expérience « que je cite dans mon ouvrage sur « La décision », pages 147 à 160. Il s’agissait… d’étudier des choix de groupes, dans des situations dans lesquels les résultats qu’ils obtiennent dépendent aussi des décisions de leurs adversaires. Spontanément, la plupart des groupes… « s’enferment dans un comportement suicidaire d’antagonisme à l’égard des autres… Ils ne se posent même pas la question de leurs propres objectifs… et leur analyse des opportunités de la situation est… presque toujours… insuffisamment rigoureuse… Seule une possibilité de négociation entre les groupes permet d’élaborer une stratégie commune… à condition qu’elle ne soit pas d’emblée bafouée par une trahison, qui rend évidemment improbable, pour la suite, la confiance nécessaire » (page 104). Pourtant des désaccords le partage des biens ne débouchent pas nécessairement sur des conflits. On peut décider d’un partage pacifiquement. Mais il y aura toujours des gens pour qui la compétition est confondue avec la recherche de « l’élimination ou, même, de la destruction de ses adversaires… Alors que l’existence d’antagonistes peut être bénéfique pour se renforcer… et peut même être profitable à tous, comme l’ont démontré les succès économiques du libéralisme, notamment pour le développement des pays émergents » (page 104).

Il restera encore éternellement des égoïstes et des cupides, qui ne se soucient que de défendre leurs propres intérêts et exploitent les autres : « Il est normal que chacun s’efforce d’améliorer sa situation… et de conserver ses avantages… On peut comprendre que, face aux difficultés, la tendance spontanée de chacun soit… de chercher à en tirer le meilleur » (page 104). Ce qui peut conduire à tenter de s’approprier les biens d’autrui. Y remédier suppose de « mettre en oeuvre des moyens pour empêcher que certains s’approprient tout… Il est vital que ceux qui possèdent plus, acceptent de partager, au moins une partie de ce qu’ils ont » (page 105).

Au-delà des intérêts antagonistes, il y arrivera aussi toujours, qu’il y ait des divergences d’opinions, de croyances, de convictions, ou des prises de position qui s’opposent. Certains ont ainsi des attitudes racistes, ou peuvent humilier les autres. Pourtant, « les désaccords n’impliquent pas… le dénigrement mutuel systématique, qu’illustrent les positions des politiciens. On peut s’efforcer de comprendre, avant de critiquer. L’argumentation pour défendre ses positions en sera meilleure. Ce n’est pas parce que nos idées s’opposent, que le dialogue… ne peut pas être bénéfique. Au contraire, l’échange n’en sera, généralement, que plus enrichissant » (page 104).

Il y aura également sans doute toujours des mégalomaniaques qui aspirent à dominer et s’assujettir les autres. Ils visent à exercer une volonté hégémonique et, pour triompher, tentent souvent de diviser pour régner.

Enfin, il y aura toujours « des criminels, des fous cruels et des sadiques, tirant leur plaisir du mal qu’ils/elles infligent aux autres… Il faudra toujours lutter contre eux » (page 105).

On ne pourra donc probablement jamais éviter totalement les conflits armés. Pourtant, il ne n’est plus possible de laisser se perpétuer ces antagonismes, pour au moins trois raisons :

– C’est inefficace. « Nous avons pris conscience qu’« on ne peut jamais détruire tous ses ennemis », comme le disait Bill Clinton à propos des contentieux entre Israël et Palestiniens. Ceux qui survivent en sont renforcés dans leur incitation à l’antagonisme. Ce qui débouche nécessairement sur d’incessantes confrontations armées… D’ailleurs, les résultats des conflits des cinquante dernières années au Moyen Orient (Palestine, Afghanistan, Irak, Syrie, etc.) font douter que la victoire des plus forts fonctionne encore » (page 106). La guerre est, en tout cas, bien moins efficace, aujourd’hui, que les échanges commerciaux, pour défendre ses intérêts.

– On ne peut plus laisser faire car, « aujourd’hui, tout affrontement peut être fatal, ne serait-ce que parce que les armements qui permettent des « destructions massives » sont accessibles à bien des pays, qui sont de plus en plus nombreux à posséder les moyens d’éliminer l’humanité entière et même toute vie sur terre… Toute attaque serait inévitablement réciproque… et conduirait à une annihilation mutuelle » (page 106).

– Il est possible d’instaurer des pratiques qui évitent les conflits armés comme nous le démontrons, « depuis 75 ans, en ayant su éviter, avec la dissuasion, de nous détruire avec la bombe atomique » (page 106).

Il est donc primordial de faire le nécessaire pour maîtriser ceux qui sont à l’origine de conflits armés, afin de leur imposer d’agir en faveur de l’intérêt général.

Que faire pour cela ? La première des conditions est de contrôler les ventes d’armements. Mais le plus déterminant est d’exercer une résistance par la force qui convainque ses adversaires d’adopter une attitude constructive, tout en évitant de se trouver engagé dans des rapports de violence réciproque. Les exemples de Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela ont montré que l’on peut imposer des changements, sans violence. Ce qui suppose d’avoir le courage d’être prêt à risquer sa vie. En effet, de l’ordre des deux tiers de ceux qui promeuvent des démarches pacifistes courent le risque de finir par être assassinés, comme l’illustrent les cas de Jean Jaurès, Gandhi, Martin Luther King, Robert Kennedy et Yitzhak Rabin. Mais cela n’a pas empêché le succès de leurs mouvements pour l’indépendance, en Inde, pour les droits civiques, aux Etats-Unis, ou pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud.

PRATIQUES CULTURELLES

Luttons contre notre pessimisme, pour être lucides sur les améliorations et imperfections

Nos contemporains se plaignent de plus en plus souvent. Pourtant, même s’il reste beaucoup à faire, le progrès du monde est indéniable, si l’on considère une longue période. Je le montre dans « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde ». Cela n’empêche pas beaucoup de nos concitoyens de penser le contraire. Pour une saine conception des choses, il importe de comprendre les raisons de ces perceptions trompeuses et opinions erronées.

Tout d’abord, dans le domaine économique, les grandes famines ont disparu… Deux milliards d’êtres humains sont sortis de la misère. « Les progrès les plus nets concernent évidemment les populations des pays en développement… émergents. Les situations de centaines de millions de Chinois et d’Indiens se sont améliorées » (page 54). Mais, globalement, le pourcentage de personnes vivant dans une extrême pauvreté a été divisé par… quatre, car les 40 % de la population mondiale qui vivaient, en 1981, sous le seuil d’extrême pauvreté, ne sont plus que 10 %. Autre exemple, « actuellement, la majorité des humains a accès à l’électricité, alors que c’était à peine plus de la moitié de la population mondiale, il y a 30 ans » (page 55).

Cependant, la mondialisation a moins profité aux plus pauvres et surtout aux classes moyennes des pays développés. Il y a pourtant eu plus qu’un doublement de la productivité du pouvoir d’achat par travailleur, depuis 1975. Les pays industrialisés ont ainsi connu une amélioration moyenne de leurs niveaux de vie, même si « l’économie qu’induit la baisse du coût des produits importés, grâce à la mondialisation, est souvent méconnue et sous-estimée » (page 165). « Ainsi, en 100 ans, dans le monde, le revenu moyen par personne a été multiplié par 10, alors que le prix de la nourriture a été divisé par deux » (page 54). Notre richesse a été multipliée par 20 en quelques décennies. La prospérité l’a emporté sur la pauvreté.

Le résultat c’est qu’on travaille moins. « En 1900, la durée de travail y représentait un quart de la vie (12 ans sur une espérance de vie de 46 ans). Aujourd’hui, si l’on tient compte des réductions d’horaires et des congés payés, elle n’en constitue plus au total, en cumulé, que moins de 10 % (8 années, sur 80 ans) » (page 54).

Plus de temps pour les loisirs et pour s’instruire. « Concernant l’éducation, le nombre des enfants non scolarisés a été divisé par 2 en 20 ans, ce qui fait qu’il n’y a plus 80 % d’analphabètes, comme en 1820, mais seulement 20 % actuellement et qu’en France, on est passé de 20 % à 80 % de bacheliers, depuis 1968 » (page 54).

D’autres observateurs considèrent que nous bénéficions aujourd’hui d’une existence plus pacifique et sûre. Ils affirment que « la violence physique… a baissé dans le monde. Au Moyen Age, la torture… était fréquente, de même que les bûchers, pendaisons, ou décapitations publiques. Depuis, le nombre des tyrannies a diminué. La criminalité aussi, puisque… le taux d’homicides a décliné de 95 %, entre le quatorzième et le vingtième siècle » (page 55). Et puis, depuis le milieu du vingtième siècle, les guerres sont plus rares et tuent moins gens. Pour la première fois, le nombre des suicides dépasse le nombre de morts sur les champs de bataille ! La lutte armée entre Etats a presque disparu et les conflits contemporains sont principalement internes, notamment du fait du terrorisme. Par exemple, avec 30 000 morts, l’Afghanistan concentrait 60 % des victimes, en 2019. Pourquoi cette baisse ? Les analystes évoquent souvent six facteurs explicatifs, souvent d’ordre culturel :

– la diminution des motifs de conflits, avec l’augmentation du nombre des Etats, à la suite des décolonisations et indépendances ;

– les rapports militaires dissuasifs qui se sont établis entre les grandes puissances, depuis 75 ans, à la suite de la mise au point d’innovations techniques capables de destructions massives,

– le développement du libéralisme et l’accroissement des échanges librement consentis entre les peuples et les interdépendances économiques et commerciales qui en résultent. Ce qui fait que la guerre n’est plus le mode le plus rentable de règlement des différends entre les nations ;

– la diffusion d’une « éthique » fondée le respect des différences raciales, physiques ou autres et d’une peur de la guerre, que traduit la stagnation du nombre des articles de journaux comportant le mot « guerre » (environ 15 %), alors que se multiplient ceux qui comportent le mot « santé » (plus de 30 %) ou, plus récemment, le mot « climat » ;

– la multiplication des normes internationales de non-recours à la violence armée ;

– le développement de la démocratie et la diffusion de l’esprit des Lumières (primauté de l’Etat de droit, liberté de la presse…) et l’extension de l’éducation obligatoire…

Enfin, il y a aussi eu une indéniable amélioration sanitaire, puisque la plupart des gens sont aujourd’hui en meilleure santé. « Il y a… beaucoup moins de décès de femmes en couche et d’enfants… On peut attribuer ce progrès aux avancées de la science (hygiène, vaccins, pratiques médicales, antibiotiques…), qui a éradiqué de nombreuses maladies infectieuses » (page 54), mais aussi au travail en coopération, que traduit, par exemple, l’annonce par l’OMS, en septembre 2020, de l’éradication de la poliomyélite en Afrique.

Il en résulte un rallongement de notre « espérance de vie, qui a augmenté de 40 ans, depuis 1900. En un siècle, elle est passée de 45 à 82 ans, en France, où elle a encore progressé de 7 ans depuis 1975… et augmente actuellement de 2 mois par an. Plus récemment, elle a doublé dans les pays émergents… Ce qui crée d’ailleurs des problèmes aigus pour le troisième âge (oisiveté et hébergement à gérer, poids des dépenses de santé, équilibre entre actifs et retraités et financement des retraites) » (page 55).

En résumé, nous avons, aujourd’hui, une vie à la fois plus confortable et facile, plus libre, plus paisible et plus longue que par le passé…

Il ne s’agit pas de nier qu’il reste des menaces et des améliorations à réaliser, dans bien des domaines : plus de 2 milliards de personnes n’ont toujours un accès à l’eau potable de chez eux, des nourritures industrielles déficientes se multiplient, les ressources naturelles terrestres s’épuisent, des inégalités économiques s’accroissent, la pollution, le dérèglement climatique et la dégradation de l’environnement s’étendent, une progression inquiétante des régimes politiques non démocratiques apparaît, etc.

Mais cela n’explique pas que « les progrès soient rarement perçus comme tels… Face aux bouleversements du monde, beaucoup de gens oublient et pensent que « c’était mieux avant » … Seulement un tiers des Français et les deux tiers des Allemands considèrent que la vie est meilleure qu’il y a 50 ans… 56 % des Français et 45 % des Allemands et des Américains estiment que la situation financière de leurs compatriotes est pire qu’il y a 20 ans » (page 56). Ce pessimisme est sans doute dû au fait que les humains ont tendance à ne regarder que le négatif, à en surestimer l’importance, à anticiper le pire et à idéaliser le passé. Pourquoi ?

– notre attention, naturellement défensive, fait que nous sommes attentifs et percevons en priorité le dangereux, ou ce qui pourrait nous être néfaste, plus que sur le « bon ». Ce qui nous conduit d’ailleurs à sous-estimer les améliorations ;

– il en résulte que lorsque l’on prend conscience d’un évènement négatif, on a tendance à focaliser notre attention sur lui et l’interpréter automatiquement comme étant le signe d’une dégradation de la situation, ou même l’oeuvre de sinistres malfaisants ;

– on peut « être influencé, pour cela, par des « prophètes de malheur » qui trompent les gens et nourrissent leurs peurs » (page 57),

– « d’autant plus qu’avec les réseaux sociaux, on est assailli, à longueur de journée, par un torrent de mauvaises nouvelles, images effrayantes et commentaires négatifs » (page 57), propageant un catastrophisme, un « déclinisme » et un « complotisme » ;

– ce peut être accentué par les systèmes politiques. Les dirigeants des régimes populistes ont tendance à insister sur les menaces qui justifient leur autocratie, tandis que les responsables des démocraties sont souvent plus soucieux de répondre aux inquiétudes immédiates de leurs électeurs, que de se préoccuper des enjeux et défis à long terme ;

– les médias, sensibles à la publicité qui les paie, donc à la taille de leur audience, plus qu’à la véracité des informations qu’ils diffusent, mettent, la plupart du temps, au premier plan, les données bouleversantes, terrifiantes ou affolantes, catastrophes et drames, qui attirent le public. Ils prennent, pour cela, « prétexte que leur mission est d’alerter… et parlent rarement de ce qui va bien, notamment des progrès… Ce qui donne une image déformée de la réalité et contribue à accroître l’inquiétude » (page 57), l’anxiété, le cynisme et la dépression des populations ;

– notre mémoire est sélective et rend éphémères nos souvenirs du négatif. Nous oublions toutes les difficultés que nous vivions il y a ne serait-ce que quelques dizaines d’années ;

– nos comparaisons sont alors déformantes, car elles filtrent les « aspects peu enviables des vies des paysans, des artisans, des mineurs, des ouvriers… du dix-neuvième siècle, alors que les enfants travaillaient dans les mines » (page 56).

Heureusement, les scientifiques, qui ont à prouver et rendre des comptes sur ce qu’ils affirment, sont là pour compenser. Ils rétablissent la réalité. Mais ils sont trop souvent loin d’avoir la même audience. A nous de les écouter et questionner plus.

Compréhension interculturelle

À quoi bon… et comment l’Europe?

L’Europe résulte de l’union volontaire d’Etats démocratiques, qui ont mis en commun une partie de leur souveraineté pour assurer une paix entre eux et créer une force économique.

Cependant, actuellement, bien des européens doutent parfois des résultats obtenus.

Pourtant, si on en récapitule les effets, on constate que les Européens ont profité des apports positifs de cette union. Même s’il est indispensable d’aller plus loin pour surmonter les insuffisances résiduelles. Ce qui nécessite avant tout un travail sur le terrain culturel.

Les acquis de l’Europe sont évidents sur au moins cinq plans.

Tout d’abord, depuis 75 ans, c’est la première fois dans l’histoire que les Européens vivent en paix aussi longtemps.

Ils ont aussi profité de la prospérité et du niveau de vie apportés par les progrès technologiques qui ont enrichi la société et le développement des coopérations économiques en l’Europe. On s’y soigne plutôt bien et on peut y avoir un niveau relativement élevé de bien-être. On y accède ainsi à des quantités d’informations, on y voyage facilement et on y franchit librement des frontières qui étaient longtemps restées fermées.

Ceux qui vivent en Europe bénéficient également des valeurs humanistes de la démocratie, en particulier la tolérance et l’indépendance de la justice et « les droits inviolables et inaltérables de la personne humaine, la liberté, l’égalité et l’Etat de droit », que défend la Constitution européenne.

L’Europe, c’est encore le soutien des plus faibles, dans un monde où plus de 6 % de la population y sont employés dans l’économie sociale.

Enfin, avec près de 450 millions d’habitants, l’Europe est le premier ensemble de producteurs et de consommateurs du monde. Il attire toutes les convoitises. La solidarité en Europe renforce alors son poids face aux autres blocs, tels que les U.S.A., la Chine, la Russie, ou l’Inde. Les Européens sont plus forts, ensemble, pour se défendre dans les confrontations. Ils ont fait preuve de leur capacité de cohésion, en constituant une monnaie commune qui les protège, ou face au Brexit. Il reste néanmoins beaucoup à faire pour une meilleure mise en commun des compétences, comme le montre, par exemple, l’infériorité de l’Europe dans des domaines tels que les technologies de l’information. Ce retard n’est pas inéluctable. Les réactions rapides et puissantes de l’Union Européenne et de sa banque centrale face à la pandémie du virus Covid-19 (cf. proposition de la Commission Européenne d’emprunter 750 milliards d’€ pour soutenir les pays de l’Union en difficulté) viennent de prouver que l’Europe est capable de s’entendre pour surmonter les crises.

Tout ceci fait ressortir la convergence entre les intérêts des uns et des autres.

Les européens peuvent s’accorder sur des grands objectifs collectifs, par exemple pour se résoudre les difficultés sanitaires et économiques, écologiques, concernant les investissements industriels, ou la défense commune.

Ce qui suppose que les pays qui composent l’Europe arrivent à dépasser le chacun pour soi qui fait que, trop souvent, une partie de la population cherche à profiter des effets des mises en commun, sans en accepter les astreintes et obligations en contrepartie. L’Union Européenne ne fonctionnera qu’à condition de dépasser les oppositions entre égoïsmes nationaux, notamment quand il s’agit de décider de contributions, de fiscalité ou d’attributions de subventions.

Ce n’est donc pas la restauration de la souveraineté des Etats-nations qui est nécessaire. Les Européens ont plutôt besoin d’une souveraineté européenne, qui ne soit pas incompatible avec les souverainetés nationales.

Ce qui ne veut pas dire que l’identité nationale soit un résidu indésirable du passé. On peut défendre simultanément son attachement à l’identité de sa propre culture et son patriotisme… et œuvrer pour la réussite collective.

Etre dans la même Union ne veut d’ailleurs pas dire être tous pareils.

Cela suppose que les Européens sachent dépasser, sans les renier… et intégrer les différences culturelles entre les nations. Certains sont sans doute plus disciplinés… ou dépensiers. L’Europe s’enrichit de la diversité des multiples particularités, traditions et talents nationaux.

L’amélioration de la coopération entre les pays européens n’est pas une utopie. Elle est possible, ne serait-ce que parce qu’après tout, les pays européens partagent largement les mêmes conceptions de la société et valeurs fondamentales, telles que l’honnêteté, l’équité dans le partage des charges, la loyauté, la justice, l’esprit critique et la raison, le courage d’assumer sa part des responsabilités et l’entraide.

Consolider leur compréhension mutuelle et leur entente suppose d’être en confiance. Cela nécessite une meilleure connaissance des préoccupations spécifiques des autres. Il importe donc de consolider les liens du quotidien et développer les programmes d’échanges culturels, tels qu’Erasmus… et, aussi, de développer un travail en commun sur d’élucidation de ce qui caractérise la culture européenne.