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Roches en travers du chemin
Compréhension interculturelle

Les civilisations de notre temps sont en péril. Que faire ?

Réveillons-nous ! Les civilisations modernes sont en dérive. Leur crise est flagrante quand on examine leurs tendances dans au moins sept domaines : vitesse, consommation, virtuel, individualisme, insécurité, droit et vérité. Pourquoi est-ce si important ?

En simplifiant, on peut relever que…

1- Tout d’abord, tout change constamment et cela s’accélère. Nous vivons dans l’instantané, l’immédiat (cf. accès aux nouvelles en continu) et sommes stimulés en permanence par des messages souvent à la fois urgents et vides (en particulier des appels et S.M.S. téléphoniques et sur les réseaux sociaux…). Il en résulte que nous sommes fascinés par la vitesse et entraînés par l’accélération et l’instabilité du monde. Nous avons alors le sentiment que l’avenir nous échappe, cessons de croire au progrès et finissons par ne plus rechercher, en contrepartie, que des jouissances immédiates… et avons un désir exacerbé de « profiter » de tout ce qui passe…

2- Nous développons alors le désir obsédant de gagner du temps, que tout soit facile… et de pouvoir, notamment, échapper au travail. Nous avons une envie constante de loisirs. Cela finit par une recherche obsessionnelle de « se faire plaisir », de jouer et d’autres préoccupations futiles… Cela débouche sur une focalisation sur le matériel, le confort, le bien-être, l’utilitarisme… et le besoin un adolescent d’avoir « tout, tout de suite ». D’où émergent des envies insatiables, une consommation avide et sans limite, y compris du superflu, stimulée par la publicité. Jusqu’à la recherche continuelle de possession : avoir toujours plus.

3- La technologie nous entraîne à une immersion dans les échanges d’images et le virtuel (cf. livres audio, casques de réalité virtuelle, hologrammes impressionnants, etc.), au risque qu nous confondions le fictif et la réalité. Nous finissons par être constamment obsédés par l’apparence, incités à échapper au réel et confrontés à la violence gratuite et sans limite des passages en force que véhiculent des vidéos qui suscitent des émotions exacerbées. Jusqu’à ce que de plus en plus d’entre nous soient tentés par toutes sortes de drogues.

4- C’est alors l’individu qui prévaut, avec la recherche permanente de chacun d’affirmer son existence personnelle et son indépendance… et la mise en avant de ses propres intérêts, indifférente aux autres. Nous sommes obsédés par nous-mêmes, « moi d’abord » et « chacun pour soi », ce qui exacerbe les jalousies interpersonnelles. Nous avons un souci narcissique permanent de notre propre image et de la façon dont nous sommes perçus et sommes constamment désireux d’être reconnus par les autres. Ce qui entraîne paradoxalement, dans un monde où les communications se multiplient, une augmentation de la solitude de chacun.

Le « moi, je » aboutit à la fluctuation des engagements, jusqu’à la déstructuration des familles, dont témoignent la fréquence des séparations et divorces.

Cela débouche aussi sur l’exacerbation des revendications et exigences catégorielles, chaque groupe se disant constamment victime de discriminations. Il en résulte, de plus en plus souvent, des affrontements entre minorités et des divisions sociales accrues.

5- Parallèlement, nous développons, inconsciemment, un souci obsédant de sécurité. Nous perdons confiance en qui ou quoi que ce soit, en arrivons à aspirer à toutes sortes de surprotection, faisons appel au principe de précaution, même dans des situations sans risque catastrophique… et considérons que la protection de la vie passe avant tout. Il n’y a plus de héros… et plus guère de valorisation du courage.

6- Chacun n’est plus préoccupé que par ses droits et exige la satisfaction de ses aspirations particulières. On oublie ses devoirs vis à vis d’autrui et on agit sans règles, sans interdits.

D’où une véritable « crise de l’éthique », dans laquelle on n’arrive plus à convenir de ce qui est « bien » et de ce qui est « mal ». Notamment, les idéaux humanistes d’égalité, de solidarité, de justice sociale sont perçus comme naïfs et obsolètes.

Cela fait que notre société est clivée entre ceux qui ne croient plus en Dieu… et ont trop souvent tendance à ne rien respecter et ceux qui ont des croyances ethnico-religieuses fanatiques, manichéistes et dogmatiques, qu’ils tentent de répandre en s’appuyant sur une carence éducative des masses de jeunes, qui facilite la transmission de certitudes erronées et illusoires.

Avec le mouvement de pensée qui, surtout depuis 1968, met à mal les points de repère des valeurs de référence traditionnelles, on voit s’étendre une aspiration revendicative à une liberté individuelle sans limite, alors que la liberté ne saurait pourtant être sans réserve. Cela ne fait qu’aboutir à une tendance générale à l’irresponsabilité.

7- Tout ceci ne tient que par la multiplication des déformations, dissimulations, dénis, mensonges, tricheries et autres vérités parallèles, fabriquées sur mesure pour conforter des certitudes simplistes. Comme s’il n’y avait plus de réalité sur laquelle compter.

Ne conviendrait-il pas de dénoncer ces dérives ?

L’accélération ne nous empêche pas de rechercher des constantes et préparer l’avenir (1). Il devient vital de ne pas nous laisser entraîner par les apparences (3) et de ne pas nous mentir (7). Notre monde est confronté à des risques démographiques, écologiques, sanitaires et économiques, qui menacent nos vies. Nous ne les surmonterons que si nous arrivons à y œuvrer ensemble (4), à prendre le risque de certains engagement courageux (6) et faisons en sorte de maîtriser nos consommations (2). Cela suppose que nous soyons capables de nous astreindre à poursuivre des objectifs et acceptions de partager les astreintes, les efforts et les gains (5).

PRATIQUES CULTURELLES

Je parie pour la paix, essai de prospective géopolitique

Les transformations décrites dans mon ouvrage « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde » semblent confirmées par les évolutions que nous constatons actuellement, qui me font présager une poursuite de la recherche de la compréhension mutuelle et de la paix d’ensemble entre les peuples, au-delà des inévitables tensions et affrontements.

La facilitation des communications quasi-instantanées et des transports, à l’échelle du globe, entraîne inévitablement la mondialisation des échanges. Toutes les grandes nations ont pris conscience que leur prospérité était fondée sur les coopérations globales… et qu’elles avaient plus à gagner au commerce qu’aux hostilités.

Cette « internationalisation de l’économie contraint à des échanges constants avec l’étranger. La globalisation de la production et de la consommation confronte à des interlocuteurs de toutes les origines…  Les autres sont… en train de devenir à la fois nos adversaires et nos partenaires. Il est nécessaire, pour être en mesure de coopérer avec eux, ou de résister à leurs offensives » (page 112), de se connaître et arriver à dépasser ses divergences culturelles.

On a ainsi assisté, « avec l’O.M.C., au décollage des nouveaux acteurs, en particulier en Asie… Il en résulte… un extraordinaire développement des pays émergents, fondé, dans une large mesure, sur un soutien public énergique » (page 118) et un basculement du centre du monde vers l’Orient et l’Asie. Même si la Chine ne peut plus, désormais, maintenir sa position dominante d’usine du monde qu’en intensifiant ses sous-traitances avec les Etats d’Asie du sud-est et Océanie, qui deviendront aussi, de plus en plus, acheteurs de ses productions. Et s’il lui faut aussi, aujourd’hui, passer progressivement à une économie reposant sur l’accroissement des revenus et de la consommation de sa population.

Alors, les réussites économiques de la Chine et la Russie communistes, ne passent plus par les nationalisations et collectivisations. Elles sont fondées sur des réussites face aux concurrences, qui débouchent sur des enrichissements individuels.

Tout ceci repose sur un tissu de transactions financières nourries par un endettement général croissant. Or la finance suppose la préservation d’une confiance mutuelle minimale.

Cette mondialisation rend inexorablement les nations interdépendantes. Les dégradations écologiques actuelles ne font que l’accentuer. Il faudra bien que les peuples s’entendent pour surmonter les dégradations de la nature que leurs pratiques ont provoquées, qui s’étendent au-delà de leurs frontières, apportant des conséquences néfastes climatologiques et sanitaires.

Je ne crois donc pas à l’émergence de conflits mondiaux, quelles que soient les divergences entre les peuples.

Même s’il restera de multiples occasions de compétitions et d’affrontements.

Avec l’accroissement démographique de la population mondiale, il y a aura nécessairement un épuisement ou, au moins, une raréfaction des ressources naturelles, qui induira des concurrences et compétitions entre les peuples pour leur obtention.

La financiarisation de l’économie mondiale provoque des inégalités croissantes, qui pourront entraîner des tensions et conflits violents.

On assiste au déclin relatif, notamment démographique, de la Russie, qui aura à cœur de compenser ce repli en intensifiant ses interventions à tous les niveaux.

Rien n’empêchera que quelques-uns essaient ponctuellement de mener des actions pour dégager des avantages et profits personnels. Ce qui induira probablement une multiplication des cyber-agressions, notamment russes et chinoises.

Ainsi, peut-on s’attendre à ce que la Russie et la Chine, qui respectent leurs souverainetés et leurs zones d’influence respectives et veillent à ne pas interférer dans les affaires internes l’une de l’autre, s’allient pour la création d’un monde multipolaire et d’instruments de gouvernance internationale remplaçant ceux des Américains (monnaie de réserve mondiale…).

Tandis que les U.S.A. feront en sorte de rester le peuple le puissant économiquement et technologiquement. Ils continueront à être les premiers producteurs et exportateurs d’armes. Au cours des 5 dernières années, ils ont ainsi réalisé 37 % des ventes d’armes mondiales, tandis que la Russie en a effectué 20 % et la France 8 %. Mais les U.S.A. prendront conscience que leur « guerre au terrorisme, n’a fait qu’exacerber les conflits, tout en laissant s’instaurer bien des injustices (massacres de démocrates dans divers pays…) » (page 117) et ils ne voudront plus assumer une fonction de supervision des équilibres mondiaux. Ils joueront seulement de leur poids dans les rapports de force entre Etats, pour défendre leurs intérêts avant tout. Ce qui érodera inévitablement la force des alliances du bloc occidental. Il est d’ailleurs clair que la prééminence des Occidentaux vieillissants est chancelante. L’« Occident » (U.S.A., Europe, Japon…) fera inévitablement face à l’érosion de son antériorité de supériorité technologique.

Il sera ainsi difficile d’éviter l’affaiblissement de l’Europe qui a à surmonter de multiples difficultés, à commencer par les différences culturelles entre les Etats qui la composent et son risque d’envahissement d’ethnies venues d’autres continents, ayant des racines religieuses hétérogènes. L’Europe a les moyens de maintenir sa place, car c’est le premier marché au monde. Mais aucun des pays qui la compose n’a un poids suffisant pour avoir, à lui seul, un rôle significatif à l’échelle mondiale. Il lui faut donc consolider sa cohésion, rénover ses institutions et s’investir plus dans des domaines déterminants. Son premier défi est de renforcer sa compétitivité : protéger ses atouts et développer ses potentiels actuellement sous-exploités : culture économique, investissement en R&D, motivation/dynamisme, relance de l’éducation et de l’ascenseur social, etc.). « L’Europe a besoin d’un second souffle, c’est-à-dire l’affirmation d’une volonté commune, autour d’une idée fédératrice ». Il lui faut, pour cela, « se fixer un projet volontariste mobilisateur mettant en avant l’intérêt général, composé d’objectifs tangibles, dont les populations puissent mesurer l’atteinte » : « actions coordonnées pour l’écologie, coopération scientifique et technologique, mise en commun de moyens de défense, harmonisation des fiscalités, consolidation de la culture européenne » (pages 183 à 190).

S’il y a des conflits armés, ils devraient être limités, provoqués par des mouvements de population, des exigences de souveraineté ou des affrontements entre religions et cultures, que « Le choc des civilisations » de Samuel P. Huntington avait anticipé.

En effet, l’Occident est « un bloc uni, cimenté par un corps de principes : démocratie, droits de l’homme, Etat de droit, liberté de la presse, indépendance de la justice, mobilité sociale et créativité technologique » (page 121). Francis Fukuyama, avait « prédit, dans « La Fin de l’histoire et le dernier homme », que la fin de la guerre froide marquerait la victoire du libéralisme sur les autres idéologies… grâce à la prospérité… Effectivement, au cours des dernières décennies, l’économie de marché s’est étendue, y compris aux anciens pays communistes » (page 62).  Mais cela n’a pas entraîné pas l’adoption par tous du modèle des U.S.A., du capitalisme et de la démocratie.

Ainsi, l’accès à la consommation et la prospérité par la population chinoise induira inévitablement des transformations de ses exigences. Il y aura certainement des accroissements des égoïsmes personnels. Mais l’héritage culturel Han continuera à valoriser la domination impériale et l’attachement à la collectivité nationale, à l’encontre des valeurs et pratiques anglo-saxonnes, souvent faites de libertés individuelles et d’objectifs à court terme.

Pour tenter de maintenir leurs positions, les Occidentaux chercheront de nouvelles alliances, comme l’illustre la création du « Quad », structure régionale de la zone pacifique, réunissant les U.S.A., les Australie, le Japon et l’Inde.

Cette dernière pourrait, à terme, surplanter la Chine, avec laquelle elle a une frontière de 3500 km, dans l’Himalaya, du moins si le national-populisme de Narendra Modi (formule de Christophe Jaffrelot) réussit à fédérer un peuple dynamique, mais complexe et aux traditions pesantes.

Il pourra donc y avoir partout des mises en cause des valeurs par des courants et régimes autoritaires, démagogiques, xénophobes et nationalistes (Russie, Chine, Europe orientale…).

Des conflits pourraient alors prendre la forme de tensions politiques internes à des pays industrialisés, en Occident, Chine ou Inde.

Mais les conflits armés résultant des migrations de population, exigences de souveraineté et des affrontements entre religions et cultures, apparaîtront surtout dans deux autres continents.

La disparition de l’Etat soviétique a suscité, il y a plus de 30 ans, « l’émergence sur la scène mondiale de nombreux pays, aux Etats parfois faibles et/ou sans société civile constituée… La fin de la guerre froide a laissé le champ libre aux appétits d’acteurs régionaux… Cela a provoqué la prolifération de… puissances moyennes… régionales comme la Turquie et l’Iran et de structures informelles d’« entrepreneurs de violence », tels que Daech. Les gouvernements et populations de ces Etats moyens s’affrontent (cf. Balkans, Israël et Arabie Saoudite contre Iran, Turquie et Russie en Syrie, etc.). Il en résulte une multiplication des antagonismes et des conflits, partout, sur la planète. Ces Etats adhèrent plus ou moins aux règles du jeu traditionnelles, quitte à aggraver le chaos (cf. Afghanistan, Irak, Mali, Somalie…). La Turquie s’émancipe, par exemple, de sa loyauté à l’Otan, en décidant d’acheter des armes à la Russie et en engageant des offensives militaires contre les Kurdes dans le nord de la Syrie » (pages 118 et 119). Le Proche-Orient, mais aussi l’Asie sont ainsi devenus des régions poudrières. « Il y a partout des agitations et des redistributions des pouvoirs, des tentatives révolutionnaires, des renversements des rapports de force… en même temps que des résistances aux évolutions… On le constate par exemple dans les pays d’Europe orientale et d’Asie centrale (Ukraine, Caucase, Géorgie…), avec l’indépendance de certains territoires » (page 116). Il faudra vivre avec ces agitations et les contenir. Ce qui suppose une coopération entre les blocs, donc une adhésion, de leur part, à quelques valeurs de base communes.

Enfin, dans les prochaines décennies l’Afrique sera marquée par une formidable croissance et jeunesse de sa population, qui, ayant un accès, par téléphone portable, à toutes les réalités enviables qui existent dans le monde, aura de fortes ambitions. Cela rend ce continent susceptible d’être contaminé par des agitations idéologiques et religieuses, qui risquent d’en faire un terrain de tensions incessantes. Cependant, toutes les autres nations seront attirées par les ressources naturelles et les possibilités de production et de consommation des populations d’Afrique. Face à la fois à ses instabilités et à ces opportunités, l’Afrique profitera de toutes les alliances possibles et devrait arriver à maintenir un équilibre précaire. Toutefois, forte de ses expériences coloniales, elle veillera à tout faire pour préserver son indépendance.

En conclusion de toutes ces observations, parions que l’intelligence des hommes fera que la terre restera, d’ensemble, en paix, tout en n’évitant pas les agressions locales.

Compréhension interculturelle

Peut-on espérer une paix durable entre les hommes ?

Même si la violence n’est pas dans la nature humaine, elle est néanmoins présente chez certains, ce qui provoquera inévitablement des conflits. Cependant, aujourd’hui, comme je le montre dans « Dépasser les antagonismes interculturels Un défi vital pour le monde », les actions de quelques-uns peuvent être fatals à toute la vie sur terre. Il est donc indispensable et possible de limiter les conflits armés. On le peut si l’on est convaincu que c’est nécessaire, en employant une force non violente résolue.

Si l’on pense que la nature humaine a le mal en soi, comme le disaient notamment Saint Augustin, Machiavel, Luther, Hobbes, ou Adam Smith, les hommes auraient inexorablement une hostilité aux autres. IL en résulterait qu’l y aurait toujours des agressions et des guerres.

« Pour justifier ces antagonismes, certains évoquent que l’évolution résulte… de la lutte pour l’existence (« struggle for life ») décrite par ùDarwin : historiquement, la sélection des individus proviendrait d’un affrontement compétitif…, à l’issue duquel ne survivaient que les plus forts et agressifs, éliminant les autres… Pourtant, on sait aujourd’hui que des processus d’entraide, y compris entre espèces, ont été déterminants… Ceux qui ont survécu ont dû s’appuyer sur d’autres et protéger les leurs, au moins leurs progénitures » (page 240).

Pour ma part, je pense que les hommes ne sont naturellement ni bons, ni mauvais. Tout dépend de leur éducation et de leurs expériences.

Ce que j’ai observé, durant toute ma vie professionnelle, c’est que, couramment, entre 10 et 20 % des gens s’efforcent de faire le bien et ont le souci des autres, tandis qu’entre 10 et 20 % des humains ignorent ou transgressent systématiquement leurs obligations sociales et tentent constamment de vivre aux dépens des autres. Il reste entre 60 et 80 % de la population, qui respectent habituellement leurs devoirs, mais profitent aussi des occasions, sans se gêner.

S’il en est bien ainsi, il en résulte trois conséquences :

– On ne peut pas, pour instaurer la paix, compter sur la diffusion d’un discours moral, qui ne convaincrait sans doute qu’une minorité.

– Il importe plutôt de faire en sorte que la majorité perçoive qu’il est dans son intérêt de tenir compte des autres, essayer de comprendre leurs intérêts et coopérer avec eux.

– Il restera toujours une marge de malfaisants, qui chercheront constamment à nuire.

Il y aura donc probablement toujours des antagonismes entre les hommes, à des degrés divers : méfiances interpersonnelles, hostilités et agressions, tentations de certains, surtout les plus puissants, d’user de la force, pour laquelle les possibilités économiques et militaires sont déterminantes, pour faire valoir leurs propres intérêts ou croyances, écraser les oppositions et l’emporter, utilisation de la violence pour faire fléchir ou même détruire ses adversaires, brutalités qui l’emportent sur la raison, meurtres et guerres.

Quelles sont les raisons pour lesquelles se développent ces antagonismes interpersonnels ?

Parfois on observe des réactions hostiles, sous prétexte de se défendre des attaques des autres.

Il arrive aussi que les tensions interpersonnelles résultent simplement de rivalités fraternelles.

Il restera toujours des intérêts antagonistes et des concurrences pour les ressources, le rang, ou le pouvoir. Ce qui peut induire des réactions susceptibles d’entraîner des conséquences néfastes. Il est pourtant de très nombreuses situations dans lesquelles la coopération serait plus fructueuse. J’ai pu le démontrer dans l’expérience « que je cite dans mon ouvrage sur « La décision », pages 147 à 160. Il s’agissait… d’étudier des choix de groupes, dans des situations dans lesquels les résultats qu’ils obtiennent dépendent aussi des décisions de leurs adversaires. Spontanément, la plupart des groupes… « s’enferment dans un comportement suicidaire d’antagonisme à l’égard des autres… Ils ne se posent même pas la question de leurs propres objectifs… et leur analyse des opportunités de la situation est… presque toujours… insuffisamment rigoureuse… Seule une possibilité de négociation entre les groupes permet d’élaborer une stratégie commune… à condition qu’elle ne soit pas d’emblée bafouée par une trahison, qui rend évidemment improbable, pour la suite, la confiance nécessaire » (page 104). Pourtant des désaccords le partage des biens ne débouchent pas nécessairement sur des conflits. On peut décider d’un partage pacifiquement. Mais il y aura toujours des gens pour qui la compétition est confondue avec la recherche de « l’élimination ou, même, de la destruction de ses adversaires… Alors que l’existence d’antagonistes peut être bénéfique pour se renforcer… et peut même être profitable à tous, comme l’ont démontré les succès économiques du libéralisme, notamment pour le développement des pays émergents » (page 104).

Il restera encore éternellement des égoïstes et des cupides, qui ne se soucient que de défendre leurs propres intérêts et exploitent les autres : « Il est normal que chacun s’efforce d’améliorer sa situation… et de conserver ses avantages… On peut comprendre que, face aux difficultés, la tendance spontanée de chacun soit… de chercher à en tirer le meilleur » (page 104). Ce qui peut conduire à tenter de s’approprier les biens d’autrui. Y remédier suppose de « mettre en oeuvre des moyens pour empêcher que certains s’approprient tout… Il est vital que ceux qui possèdent plus, acceptent de partager, au moins une partie de ce qu’ils ont » (page 105).

Au-delà des intérêts antagonistes, il y arrivera aussi toujours, qu’il y ait des divergences d’opinions, de croyances, de convictions, ou des prises de position qui s’opposent. Certains ont ainsi des attitudes racistes, ou peuvent humilier les autres. Pourtant, « les désaccords n’impliquent pas… le dénigrement mutuel systématique, qu’illustrent les positions des politiciens. On peut s’efforcer de comprendre, avant de critiquer. L’argumentation pour défendre ses positions en sera meilleure. Ce n’est pas parce que nos idées s’opposent, que le dialogue… ne peut pas être bénéfique. Au contraire, l’échange n’en sera, généralement, que plus enrichissant » (page 104).

Il y aura également sans doute toujours des mégalomaniaques qui aspirent à dominer et s’assujettir les autres. Ils visent à exercer une volonté hégémonique et, pour triompher, tentent souvent de diviser pour régner.

Enfin, il y aura toujours « des criminels, des fous cruels et des sadiques, tirant leur plaisir du mal qu’ils/elles infligent aux autres… Il faudra toujours lutter contre eux » (page 105).

On ne pourra donc probablement jamais éviter totalement les conflits armés. Pourtant, il ne n’est plus possible de laisser se perpétuer ces antagonismes, pour au moins trois raisons :

– C’est inefficace. « Nous avons pris conscience qu’« on ne peut jamais détruire tous ses ennemis », comme le disait Bill Clinton à propos des contentieux entre Israël et Palestiniens. Ceux qui survivent en sont renforcés dans leur incitation à l’antagonisme. Ce qui débouche nécessairement sur d’incessantes confrontations armées… D’ailleurs, les résultats des conflits des cinquante dernières années au Moyen Orient (Palestine, Afghanistan, Irak, Syrie, etc.) font douter que la victoire des plus forts fonctionne encore » (page 106). La guerre est, en tout cas, bien moins efficace, aujourd’hui, que les échanges commerciaux, pour défendre ses intérêts.

– On ne peut plus laisser faire car, « aujourd’hui, tout affrontement peut être fatal, ne serait-ce que parce que les armements qui permettent des « destructions massives » sont accessibles à bien des pays, qui sont de plus en plus nombreux à posséder les moyens d’éliminer l’humanité entière et même toute vie sur terre… Toute attaque serait inévitablement réciproque… et conduirait à une annihilation mutuelle » (page 106).

– Il est possible d’instaurer des pratiques qui évitent les conflits armés comme nous le démontrons, « depuis 75 ans, en ayant su éviter, avec la dissuasion, de nous détruire avec la bombe atomique » (page 106).

Il est donc primordial de faire le nécessaire pour maîtriser ceux qui sont à l’origine de conflits armés, afin de leur imposer d’agir en faveur de l’intérêt général.

Que faire pour cela ? La première des conditions est de contrôler les ventes d’armements. Mais le plus déterminant est d’exercer une résistance par la force qui convainque ses adversaires d’adopter une attitude constructive, tout en évitant de se trouver engagé dans des rapports de violence réciproque. Les exemples de Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela ont montré que l’on peut imposer des changements, sans violence. Ce qui suppose d’avoir le courage d’être prêt à risquer sa vie. En effet, de l’ordre des deux tiers de ceux qui promeuvent des démarches pacifistes courent le risque de finir par être assassinés, comme l’illustrent les cas de Jean Jaurès, Gandhi, Martin Luther King, Robert Kennedy et Yitzhak Rabin. Mais cela n’a pas empêché le succès de leurs mouvements pour l’indépendance, en Inde, pour les droits civiques, aux Etats-Unis, ou pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud.

PRATIQUES CULTURELLES

Les conflits violents sont-ils évitables ?

Ces cinquante dernières années, les confrontations armées se multiplient, notamment au Moyen Orient (Palestine, Somalie, Afghanistan, Algérie, Irak, Iran, Lybie, Soudan, Yémen, Syrie, Kurdistan, Arménie). Ne survivent que les plus forts. Trop souvent, la brutalité l’emporte sur la raison. Est-ce dû à la nature humaine, ou à une diversité de phénomènes divers ? Mais, alors, si, actuellement, l’entente entre les peuples est indispensable et possible, comment l’instaurer ?

Certains pensent que la perpétuation des conflits est inévitable, car ils sont dans la nature des hommes… Une propension au mal, sanguinaire, existerait, chez l’homme, conformément à la théorie de Hannah Arendt. Les hommes ne sont-ils pas souvent irresponsables, cupides, vénaux, racistes, malveillants, iniques et cruels ? De nombreux auteurs (Saint Augustin, Machiavel, Luther, Adam Smith…) ont ainsi développé des conceptions selon lesquelles les hommes seraient spontanément égocentriques, méfiants et hostiles aux autres. Pour la culture judéo-chrétienne, avec l’idée de « péché originel », le mal préexiste au bien, chez les humains. Pour ma part, je ne souscris pas du tout à cette conception, que reprend Freud, lorsqu’il dit, dans « Malaise dans la civilisation », que l’homme a un « besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagement, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer ». Il s’agit là, à mon sens, d’une conception artificielle, justifiant nos travers pervers. En effet, les études actuelles de l’histoire de l’humanité démontrent que l’interprétation de l’évolution comme étant une lutte pour la survie, dont ne subsisteraient que les plus forts, est une erreur. On sait aujourd’hui que des entraides ont été déterminantes dans la sélection. Ceux qui ont survécu ont protégé les leurs, ou au moins leurs progénitures. Il n’y a que par les alliances, y compris entre espèces, que les êtres vivants ont survécu. C’est leur aptitude à s’intégrer dans une communauté et coopérer qui a rendu les hommes en, mesure de dominer le monde.

Si je ne souscris pas à cette conception pessimiste, je ne peux pourtant que constater que les divergences entre les peuples sont inévitables, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il y aura toujours, entre les humains, des divergences d’opinions.

« Il adviendra aussi toujours qu’apparaissent, parfois, des intérêts contraires entre eux… Il est normal que chacun s’efforce d’améliorer sa situation… On peut comprendre que la tendance spontanée de chacun soit de chercher à en tirer parti, pour lui-même, sans se soucier des autres et de tenter de conserver ses avantages, parfois, au détriment des autres ». Il y aura toujours des égoïstes, qui agissent selon leur intérêt personnel, sans se soucier de l’intérêt général et qui tentent de s’approprier les biens d’autrui.

Il arrive aussi que des antagonismes résultent de la peur des autres et de la lâcheté. On s’engage alors dans des conflits, sous le prétexte de se défendre d’une agression venant de l’extérieur.

Ajoutons qu’aujourd’hui, plus que jamais, les compétitions entre les individus et les groupes s’intensifient. Cela fait que, comme le révèle des expériences que j’ai faites, « la plupart des groupes… s’enferment spontanément dans un comportement suicidaire d’antagonisme à l’égard des autres, qui leur est, en définitive, défavorable ». Pourtant « toute concurrence ne veut pas dire élimination ou, a fortiori, destruction d’adversaires… qui sont bénéfiques pour se renforcer… Les succès économiques du libéralisme… dans le développement des pays émergents, montre bien que la concurrence entre les peuples peut être profitable à tous ».

Il arrive aussi souvent que les réactions des hommes soient le produit de leur manque de réflexion et bêtise, de leur avidité, ou de leur malveillance.

Il arrive encore que certains, par orgueil, « surtout les plus forts, soient tentés, pour faire valoir leurs propres intérêts ou croyances, de dominer les autres, écraser les oppositions et user de la force, pour laquelle leur pouvoir économique ou militaire est déterminant ». Ils deviennent parfois alors des mégalomaniaques qui tentent d’exercer une hégémonie, dominer et s’assujettir les autres… et tentent souvent de diviser pour régner, afin de l’emporter.

Il arrive aussi que « des hommes tentent d’user de la violence, pour faire fléchir ou détruire leurs adversaires, parfois simplement du fait de rivalités fraternelles pour le pouvoir ».

Enfin, « il y a… des « salauds », des criminels, des fous meurtriers et des sadiques, tirant leur plaisir du mal qu’ils infligent aux autres, contre lesquels il faudra toujours lutter ». La méchanceté existe. Je l’ai constaté, en travaillant, pendant dix ans, sur les fraudes. Mes analyses faisaient ressortir que dix à vingt pour cent de nos contemporains se moquent des autres, que dix à vingt pour cent des gens sont scrupuleux et constamment soucieux de respecter les règles sociales et ne pas nuire aux autres… et que les soixante à quatre-vingt pour cent qui restent sont généralement fiables, mais aussi capables de saisir une occasion pour transgresser les obligations morales, ou faire un calcul erroné, afin d’en tirer un plaisir ou un avantage.

Il y aura donc toujours des tensions interpersonnelles… Cela ne signifie pas qu’elles doivent nécessairement déboucher sur des conflits… Ne peut-on pas les résoudre pacifiquement ?

Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les coopérations entre les peuples deviennent à la fois indispensables et possibles. Tout d’abord, les armements qui permettent des « destructions massives » sont accessibles à bien des pays. Tout affrontement pourrait éliminer toute vie sur la terre. D’ailleurs, depuis 75 ans, nous avons su éviter, avec la dissuasion, de nous détruire avec la bombe atomique. Par ailleurs, les échanges scientifiques et les transactions commerciales internationales deviennent plus fructueux que les affrontements.

Il devient alors vital de se soucier, ensemble, du collectif… Cela ne veut pas dire que « les conceptions et pratiques développées dans les sociétés modernes, pour pacifier les relations, soient pertinentes et suffisantes. Certaines prétendent évacuer de nos vies toute forme possible de différend ou de drame, en imposant la paix dans les esprits. Elles ne tolèrent l’expression d’aucun autre sentiment à l’égard d’autrui que l’accord désintéressé. Ce qui conduit à proscrire les affects et les émois. A les croire, il faudrait, idéalement, une vie neutre, sans frein dans les échanges, donc éluder l’altérité, source de malaises… Or, nous avons appris que les émotions que nous tentons de « refouler » ressurgissent négativement dans notre inconscient. Il est préférable de les reconnaître… »

Ais, inversement, nos désaccords ne devraient pas impliquer « le dénigrement mutuel systématique, qu’illustrent les positions des politiciens. On peut s’efforcer de comprendre, avant de critiquer. L’argumentation pour défendre ses positions n’en sera que meilleure. Ce n’est pas parce que nos idées s’opposent, que le dialogue entre nous ne peut pas être bénéfique. Au contraire, l’échange n’en sera que plus enrichissant ». Il est indispensable aussi d’obtenir que ceux qui possèdent plus, acceptent de partager, au moins une partie de ce qu’ils ont.

PRATIQUES CULTURELLES

Pour maîtriser le réchauffement climatique, une évolution culturelle est nécessaire

J’ai vu, le 26 janvier, sur M6, le dernier film de Yann Arthus-Bertrand, « Legacy, notre héritage ». C’est un remarquable plaidoyer, qui invite l’humanité à se mobiliser pour lutter à la fois contre le réchauffement climatique et contre la destruction de la biodiversité. Il est pourtant décevant, pour moi, en reconnaissant que pas grand-chose n’a été fait, au cours des 50 dernières années… et en n’incitant guère les gens qu’à mieux consommer. Ne serait-il pas nécessaire d’analyser plutôt pourquoi rien ne change, malgré la multiplication des conférences internationales ? Mais l’examen des causes de cette situation montre que nous sommes complices de ce suicide collectif. Pour en sortir, nous devrons réaliser, ensemble, une évolution culturelle.

« Legacy, notre héritage » est un long monologue, qui peut agacer, mais est illustré de superbes images et développe une argumentation impressionnante. En conclusion, il nous invite à décarboner nos vies (réduire notre consommation d’énergies fossiles de 5 % par an). Mais il ne peut que constater que ce qui a été réalisé depuis le rapport de 1972 du Club de Rome sur « Les limites de la croissance », la création en 1988 du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC), le sommet de la terre de Rio de 1992, l’accord de Kyoto de 1997, qui décida de la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre… et l’accord de Paris de 2015, qui fixe un objectif d’augmentation de la température auquel ont souscrit tous les Etats, sauf la Russie, n’est à la hauteur, ni des ambitions qui ont été affichées, ni de l’urgente nécessité de remédier à notre destruction de la nature qui conditionne notre survie.

En effet, l’utilisation des énergies fossiles continue à entraîner une crise de notre environnement climatique. Si l’on inclut le gaz de schiste, on extrait et consomme toujours plus de pétrole (100 millions de barils par jour !). Le développement des énergies renouvelables ne fait que s’ajouter. La combustion des énergies fossiles, qui génère du CO2 n’a jamais diminué, provoque toujours un effet de serre, donc un réchauffement climatique, qui s’accélère… et nous sera fatal.

Nous avons aussi poursuivi la destruction de la biodiversité, provoquée, notamment, par l’utilisation des pesticides. Sur 2 millions d’espèces vivantes connues, nous en avons éliminé près de 70 % au cours des 50 dernières années. 75 % des insectes volants ont disparu, de même que 30 % des passereaux, en France. Cela se poursuit, puisque la moitié des espèces sauvages sont menacées d’extinction et qu’environ 1000 d’entre elles disparaissent encore tous les ans. Et cela n’empêche pas, y compris plusieurs pays d’Europe, notamment le Royaume-Uni, de continuer à produire et exporter des pesticides interdits chez eux !

Si tout continue ainsi comme avant, l’essentiel ne serait-il pas de se demander pourquoi ?

Pour moi, trois phénomènes expliquent nos difficultés de mobilisation pour l’écologie :

– Notre immobilisme est d’abord dû aux égoïsmes individuels. Chacun veut être libre de faire ce qu’il veut… et préfère ignorer la réalité évidente, qui menace la survie de tous les êtres vivants, y compris celle nos enfants. Ainsi, 40 % des citoyens du pays le plus polluant de la planète, les U.S.A., ne croient pas (ou ne veulent pas croire) au réchauffement climatique. Je n’estime donc pas qu’il faille, pour faire un progrès, parier, comme Yann Arthus-Bertrand, sur le fait que la plupart des gens soient guidés par leur amour des autres, de tous les autres, quels qu’ils soient. Une évolution culturelle qui incite à la fraternité, la solidarité et même la compassion, est indispensable, sans qu’il faille que quiconque renie pour cela, ni ses intérêts supérieurs, ni les spécificités de son identité. Engageons vite un dialogue entre nous, pour cela.

– Les deuxièmes causes de notre incapacité à instaurer des conditions de vie sur terre qui soient durables, ce sont les antagonismes entre les collectivités et Etats. Depuis plus de 40 ans, chaque nation tient des discours écologiques qui évoquent ses propres options… et, en même temps, freine l’adoption d’un accord sur la mise en œuvre des solutions qui s’imposent… ou ne respecte pas ses engagements. Les premiers qui devraient agir sont ceux qui bénéficient le plus du maintien de la situation actuelle, c’est-à-dire les 10 % de la population mondiale qui, dans les pays industrialisés, produisent 70 % des émissions de CO2. Mais les préoccupations à long terme sont mal prises en compte par des démocraties, soumises aux pressions des intérêts individualistes. Et il continue à y avoir d’absurdes compétitions entre les pays, alors que tous subissent, de façon totalement interdépendante, les pollutions et les accidents climatiques, que les frontières n’ont jamais arrêtées. Pour un progrès réel, il faudra bien que les peuples conviennent de définir des normes et d’instaurer des dispositifs de contrôle de leur respect et de sanction des déviations. Ce qui suppose qu’ils acceptent d’adopter des valeurs communes.

– Enfin, si nous n’avons guère progressé dans la lutte contre le réchauffement climatique et la diminution de la biodiversité, c’est dû à la pression d’une finance, qui domine notre économie. Ainsi, les banques sont largement dépendantes de la croissance, elle-même encore fondée sur les énergies fossiles, que les investisseurs continuent à financer massivement. L’agriculture industrielle, qui utilise le plus les pesticides et absorbe 70 % de l’eau douce mondiale, dont un tiers pour nourrir le bétail, que consomment ceux qui mangent de la viande, épuise la terre. En même temps, la pêche intensive vide les mers, de plus en plus empoisonnées par les déchets plastiques. Mais l’une et l’autre n’enrichissent que très peu de gens. Nous subissons le diktat des 1 % des hommes qui possèdent aujourd’hui autant que les 99 % restant ! Il importe que nous réussissions à renverser cette situation, dans laquelle notre fonctionnement est dominé par les intérêts des gestionnaires de fonds… et instaurer un nouveau type de finance, qui soit au service de la planète, donc des hommes. Mais c’est un projet complexe, qui suppose un accord entre les peuples, qui nécessite, auparavant, que ceux-ci conviennent de certains principes.

Le changement de ces trois causes de nos dérives mortelles actuelles dépend donc de la réalisation d’une mutation culturelle. Actuellement, nous avons la capacité de changer. Si peu de chose évolue, c’est que nous n’en avons pas réellement la volonté. Si nous voulons sauver la vie sur notre planète, il va nous falloir arriver à un socle de valeurs partagées.

Nous devons nous rappeler de notre histoire. Etant des homos sapiens, nos ancêtres ont dû compenser leurs faiblesses naturelles. Ils l’ont fait en développant leur perspicacité (observation, déduction et compréhension, invention d’instruments, construction de stratégies…) et en s’appuyant sur leur aptitude à s’intégrer dans une communauté d’alter ego, s’entraider, coopérer et partager. Il leur a fallu aussi être capable de prendre des risques. Tout ceci a accru leur capacité d’adaptation et ils ont pu s’installer sous tous les climats, dans le monde entier. Ce sont ces aptitudes qui leur ont permis de maîtriser leur environnement naturel.

Mais ils ont fini par tout récupérer à leur bénéfice, conquérir la terre et éliminer tout ce (ou ceux) qui faisai(en)t obstacles à leurs envies…

Ce qui leur a donné l’habitude de chercher à tout s’approprier, à avoir, posséder et amasser toujours plus. C’est cette avidité qui entraîne, aujourd’hui, le genre humain à continuer sa course en avant suicidaire, aveugle, incontrôlée… et qui s’emballe.

Il est vital que nous en prenions conscience et réhabilitions les valeurs qui ont fait la réussite des homos sapiens, notamment l’intelligence et la coopération et le partage.

Compréhension interculturelle

Maîtrisons-nous les effets de la mondialisation ?

La mondialisation a entraîné un progrès économique. Mais tous les pays n’en ont pas profité, l’Occident s’est dessaisi de certains de ses atouts et l’équilibre géopolitique entre les nations s’est déplacé. Il devient primordial de soutenir les complémentarités entre les peuples et lutter contre les tentations égoïstes, mais aussi de remédier aux conséquences écologiques du développement… et anticiper les effets induits par la mise en place d’un monde du numérique.

La mondialisation a d’abord été industrielle. Historiquement, le savoir et les technologies ont été à l’origine du progrès économique de l’humanité. Qu’on pense, par exemple, dans le domaine de l’énergie, à la découverte du feu, puis à la domestication animale, aux machines à valeur, à l’utilisation des énergies fossiles (automobile, aviation…) et au nucléaire. Au cours des derniers siècles, ces connaissances ont été essentiellement développées par les chercheurs des pays occidentaux (sciences, mécanisation, organisation…). Leurs motivations étaient souvent de trouver des inventions, plus que de gagner de l’argent. Les savants étaient prêts à tous les échanges. Ce qui les engageait souvent dans les activités d’enseignement.

D’autres pays aspiraient à un développement économique et disposaient d’une population misérable susceptible de constituer une main d’œuvre à bas coût. Au cours des dernières décennies, ils envoyèrent certains de leurs enfants étudier dans les pays développés… et négocièrent, avec les industriels de ces pays, l’implantation d’usines sur leur territoire. Les industriels occidentaux, qui aspiraient à faire des économies de main d’œuvre, acceptèrent des délocalisations industrielles. Les pays émergents devinrent capables d’une production d’un prix peu élevé. Ils l’écoulèrent en priorité pour la clientèle solvable des pays développés, les Occidentaux important ces produits. Il se créa, progressivement, une interdépendance technique et économique entre les pays émergents et développés, presque en symbiose. Il en résulta des déficits commerciaux des pays occidentaux. Tandis que les pays émergents dégageaient des marges de profit qui leur permettaient, ensuite, des transferts de fonds massifs (achats des obligations d’Etat et emprunts des pays développés…) et des investissements importants.

Un nouveau partage des rôles s’était établi : le savoir dans les pays occidentaux, la production et la croissance dans les pays peu développés, la consommation dans les pays occidentaux.

Avec cette coopération internationale, la production moyenne par habitant s’est accrue fortement. Elle aurait ainsi plus que décuplé entre 1800 et 2000. En sorte que le développement de la coopération entre les pays occidentaux et les pays émergents a contribué à une prospérité mondiale accrue. Les pays émergents accédèrent à une consommation qui sortait de la misère une large partie de leur population. Ils se développèrent. Ce qui induisit une baisse très nette de la pauvreté dans le monde, puisque, selon la Banque mondiale, il n’y aurait plus que moins de 9 % des humains à vivre dans une extrême pauvreté (contre plus de 37 %, en 1990).

Mais cet équilibre ne fut que temporaire. Plusieurs facteurs le perturbèrent. Les pays émergents se dotèrent ainsi rapidement de connaissances de pointe… et se modernisèrent. Trois processus les y aidaient. Le savoir était diffusé gratuitement par les échanges entre les laboratoires de recherche… et les étudiants des P.V.D. étaient accueillis facilement dans les universités des pays occidentaux, souvent sans guère payer, notamment en France. Les pays émergents créaient des universités de pointe. Ainsi l’Inde forme plus d’ingénieurs que la plupart des pays occidentaux, notamment en électronique. Par ailleurs, des entreprises occidentales acceptaient des conditions de partage de leur savoir-faire, comme Dassault le fit, en Inde. Ou bien elles installaient une part croissante de leurs usines à l’étranger, comme Renault en Bulgarie ou en Turquie… En même temps, dans les pays occidentaux, l’emploi des classes moyennes modestes (ouvriers, techniciens, employés) diminuait… On risquait de se retrouver dans un jeu à somme nulle, où chacun s’efforcerait de consolider sa position au détriment des autres. Les pays émergents prirent conscience qu’ils étaient limités par la nécessité de préserver un niveau de prospérité suffisant des occidentaux, pour que ceux-ci soient en mesure de continuer à acheter leurs productions. Il fallait lutter alors contre les tentations de réactions égoïstes, pour profiter de ses atouts ou se défendre… et instaurer, dans ce but, de nouvelles régulations.

Dans le monde agricole, il en fut un peu différemment, car les productions y dépendent largement des caractéristiques locales de la terre et du climat. Partout, dans le monde, la sécurité alimentaire dépendait de ces conditions géographiques et des échanges entre les pays. Or la demande alimentaire augmentait avec l’urbanisation, accrue par l’industrialisation, puisque 55 % de la population mondiale vit aujourd’hui en ville, alors que c’était moins de 4 % en 1500.

La situation était tendue, compte tenu du développement démographique (de la population humaine de la terre) : Moins de 1 milliard en 1800. Plus de 6 fois plus, actuellement

Les scientifiques et techniciens en biologie trouvèrent alors des procédés pour se libérer de la dépendance à la nature. Ils découvrirent des engrais susceptibles d’augmenter la production et en organisèrent la production de masse (phosphates…). Ils inventèrent des produits phytosanitaires, pour se débarrasser des « mauvaises » herbes, ou éliminer certains animaux « nuisibles » (insectes…). Ils créèrent des élevages hors sol et des productions sous serre irriguées au goutte à goutte (par exemple, pour les tomates, aux Pays-Bas). Ils décomposèrent les processus de production, ce qui permit à certains pays de s’approprier une part croissante des productions (cf. abattoirs installés en Allemagne, employant une main d’œuvre provenant des pays d’Europe centrale). Tout ceci débouchait à la fois sur des redistributions des rôles entre les pays… et des perturbations écologiques majeures. Et cela contribue à induire des menaces de propagation d’épidémies. Les grandes entreprises d’alimentation occidentales tentèrent alors d’occuper des positions dominantes, au détriment des pays sous-développés (cf. appropriation de graines par Monsanto…).

D’ailleurs, tout le processus de mondialisation ne s’est pas fait sans effets pervers.

Tout d’abord, l’augmentation de la production consommait une part accrue des ressources naturelles (matières première et sources d’énergie…) d’une terre aux dimensions limitées. On peut se demander si ce fut toujours anticipé et pris en compte.

Par ailleurs, l’instauration de méthodes de production industrielles intensives fut source de détériorations des conditions écologiques de survie des humains : pollutions, réchauffement climatique, envahissement, y compris des mers, par des déchets (plastiques…). Ce qui contribue à une multiplication des catastrophes : sécheresses, incendies, inondations, tornades, cyclones.

Ajoutons que depuis la fin du vingtième siècle nous avons de nouveaux défis, car nous sommes rentrés dans un âge d’interconnexion numérique des réseaux de communication entre les sociétés, dont il n’est pas certain que nous maîtrisions les effets.

Tout ceci nous contraint aujourd’hui à affronter et surmonter de multiples menaces, qui nous imposeront à des changements majeurs. En sommes-nous conscients et y sommes-nous prêts ?